Yasushi Inoué, Histoire de ma mère
Années 1970. Au Japon, une vieille femme devient sénile, sous le regard impuissant de ses proches
Années 1970. Au Japon, une vieille femme devient sénile, sous le regard impuissant de ses proches. Si, dans les premières années de la maladie, l’espoir et la bonne volonté de ses quatre enfants – qui, tour à tour, prennent soin d’elle – semblent taillés à même le roc, le découragement leur succède rapidement. Après les phrases répétées sans cesse vient l’oubli, de pans entiers de sa vie et de ceux qui l’ont accompagnée durant ces longues années. Ne subsistent que quelques souvenirs épars de l’enfance, qui, pour on ne sait quelle obscure raison, ont été épargnés. Les proches en sont réduits à une interrogation constante, dont le caractère hypothétique des réponses ne peut qu’accentuer la douleur et les questions incessantes. Peu à peu, ses enfants prennent conscience que leur mère ne les reconnaît plus systématiquement. La fin est proche. Dans ce recueil de trois nouvelles, Yasushi Inoué s’attaque à un problème connu de tous, ou presque : la sénilité. Ici, point de démence ou de retour à un comportement infantile dégradant. Il s’agit d’amnésie, celle qui engendre l’indignation, l’incompréhension, et dont découle un acharnement certain, bien qu’involontaire, à demander à l’intéressé s’il se souvient de tel ou tel autre évènement, qu’il ne pourra évidemment pas se rappeler. C’est la dépendance à l’espoir que nous conte Yasushi Inoué, celui qui nous susurre que tout n’est pas perdu. Mais à quoi bon espérer quand même les souvenirs s’en sont allés ?
Tout au long du livre, l’auteur observe une pudeur qui, au premier abord, pourrait s’apparenter à une froideur clinique. S’en tenant aux seuls faits, il ne fait que de rares allusions à de plus profondes émotions, qu’il ne commente que de loin en loin. Mais cette réserve n’est-elle pas plutôt le signe d’un profond respect ? En effet, pas une seule ligne n’enlève sa dignité à cette grand-mère amnésique. Au bout du compte, on prend conscience que les émotions sont bien là, mais nul n’est besoin de les justifier. Elles s’imposent d’elles-mêmes. Yasushi Inoué a su aborder le sujet de la sénilité avec délicatesse, en nous livrant sa vision des choses, sans rien nous imposer.
juliette bencivengo
Yasushi Inoué, Histoire de ma mère, Stock coll. « bibliothèque cosmopolite », janvier 2004, 200 p. – 6,95 €.