Patrick Poivre d’Arvor, Les Enfants de l’aube
Tristan, quinze ans, est malade. Envoyé dans un sanatorium en Suisse, il passe ses journées loin du monde qui l’entoure
Tristan, quinze ans, est malade. Envoyé dans un sanatorium en Suisse, il passe ses journées loin du monde qui l’entoure. Son univers à lui est maussade, sa réalité, acide : tout n’est qu’hypocrisie, concessions. Tristan est seul, perdu, lasséd’une humanité qu’il juge durement.
Puis vient Camille, jeune fille sémillante qui ne reste pas en place. Il ne la connaît pas encore, mais déjà, il en est fou. Elle ressemble à la joie de vivre, cette fille, elle porte en elle le bonheur. Et pourtant ! Camille aussi crache sur ce monde où « tout est à jeter ». Mais elle sait profiter des maigres satisfactions que la vie lui cède.
Leur couple est magique. Camille et Tristan se sont reconnus. Ils s’aiment d’une infinie tendresse, d’un profond respect, dans la plus voluptueuse des sensualités. Ils se comprennent, se complètent, et sont totalement désintéressés, comme seule l’adolescence le permet. Trop vite, pourtant, tout dégringole. L’amour est éreinté par la maladie qui les taraude, ça sent la mort alentour. Et la mort sent mauvais.
Il n’y a pas de mystère, toutes les histoires ont été narrées. Il faut simplement les conter bien. Ce n’est pas chose facile, mais certains y parviennent. Patrick Poivre d’Arvor est de ceux-là. Ses mots restent simples mais leur union est détonante. Ce roman-là est sans prétention et peut-être est-ce ce qui le singularise. On ne le lit pas, on le vit. Il ne nous bouleverse pas, il nous déchire les entrailles à coups de souvenirs brutaux. Ceux de nos plus lointaines angoisses dont les braises ne se sont toujours pas éteintes. Ici, on touche à l’absence dévorante de ce que nous appelions ‘âme sœur’ avant de parler de quelqu’un qui ‘convient’. L’adolescence ne souffre pas les concessions. Elle ne tolère guère le bien, car c’est l’ennemi du mieux. Et ce mieux existe, quand on a quinze ans.
Patrick Poivre d’Arvor nous conte ce que nous étions hier, et ce qu’inexorablement, nous sommes devenus : l’adulte qui ne cesse de concéder. On ne peut plus cracher à la figure de qui [on veut], on ne quitte plus les repas qui [nous font] chier. Ce récit n’est pas de ceux qui nous arrachent de petits sourires indulgents. C’est simplement de grandes émotions. Des larmes qui font lever la tête, de peur de salir la page. De ces larmes qu’on ne peut réprimer, parce qu’elles soulagent. Ce roman, c’est une remise en question. Une incitation au bonheur qu’on se refuse trop souvent, parce que ce n’est pas raisonnable, et qu’on est trop raisonné.
juliette bencivengo
Patrick Poivre d’Arvor, Les Enfants de l’aube, JC Lattès, janvier 2004, 205 p. – 14,50 €.