Votre serviteur Orson Welles
En à peine deux heures, Jean-Claude Drouot réussit ce pari fou de retracer avec justesse la vie du grand Orson Welles
Qui n’a pas entendu parler d’Orson Welles ? Homme de radio, de cinéma, de théâtre, acteur, auteur, réalisateur, scénariste, producteur… Difficile alors de concentrer en deux heures l’histoire de ce prodige longtemps incompris qui vécut plusieurs vies en une seule. C’est pourtant le défi qu’a relevé Jean-Claude Drouot, à la fois en tant qu’acteur et metteur en scène de cette pièce.
Orson Welles, un génie précurseur tant décrié, éternel touche-à-tout qui n’a cessé tout au long de sa vie de s’attirer les critiques et les éloges du public mais aussi de ses pairs. Une personnalité complexe, un amoureux de Shakespeare et un artiste accompli dans de multiples domaines… un personnage aux multiples facettes. C’est en tant qu’homme de radio qu’Orson Welles fit ses preuves, notamment lors d’une nuit qui terrifia littéralement l’Amérique. Son adaptation radiophonique de La Guerre des mondes d’H.G. Wells fut si convaincante qu’elle déclencha des scènes de panique dans tout le pays.
C’est tout naturellement que l’action se déroule dans un studio d’enregistrement dans lequel un Orson Welles vieillissant enregistre des séquences publicitaires pour financer son prochain film. Le décor est planté, laissant la part belle aux deux acteurs – Jean-Claude Drouot dans la peau d’un Orson Welles très convaincant, et Serge Le Lay dans le rôle d’un chef de studio compatissant mais admiratif devant un tel personnage. C’est dans cette atmosphère troublée en continu par la fumée d’un cigare que Jean-Claude Drouot nous livre de véritables moments de vie qui ont marqué l’existence du héros éponyme. Le tout avec une pointe d’humour distillée çà et là. Le spectateur devient le témoin privilégié de la vie d’Orson Welles, depuis ses premiers pas au théâtre à New York avec Macbeth à ses relations avec Hollywood. Citizen Kane, La Soif du mal ou La Dame de Shanghai, parmi ses œuvres les plus connues et encensées, sont sources de nombre d’anecdotes. Tout comme son mariage avec l’actrice Rita Hayworth.
Plus que de simples moments de la vie d’Orson Welles, nous découvrons surtout un passionné, un artiste accompli, obstiné, mu par une véritable envie de créer, pourvu d’une très grande culture mais aussi s’une fragilité exacerbée, aux prises avec l’incompréhension de la profession et du public, et qui dut lutter jusqu’au bout pour imposer ses choix. Grâce à une interprétation très juste des deux acteurs et une mise en scène très sobre afin de mettre en avant les dialogues et plonger immédiatement le spectateur dans une ambiance feutrée et intimiste, la pièce réussit le pari fou de restituer en moins de deux heures la vie d’un des plus grands précurseurs du XXe siècle et de dévoiler un peu plus la personnalité d’un être hors du commun et complexe.
Plus que les multiples facettes de l’artiste, c’est le visage de l’homme que le spectateur découvre au travers de nombreux épisodes, tous racontés avec panache et conviction par Jean-Claude Drouot. Une pièce originale, interprétée très justement et qui surprend par toutes les anecdotes qu’elle révèle sur une figure emblématique du Septième Art, considéré aujourd’hui comme un des plus grands artistes du siècle dernier, et qui a inspiré plus d’un réalisateur.
violaine cherrier
Votre serviteur Orson Welles
Adaptation deJacques Collard
Mise en scène :
Jean-Claude Drouot assisté d’Elise Arpentinier
Avec :
Jean-Claude Drouot et Serge Le Lay