Vers dire

Vers dire


(Pourquoi du rouge ?)

Écrire, c’est se ruer dans la magie du nuancier des couleurs. Il se confond avec la palette de la vie traversée d’ombre et de lumière, de rencontres, frôlements d’une peau à une autre aux sens éveillés qui font appel au toucher, aux odeurs, aux mots précieux et interdits, ceux bouleversant, dans des pendentifs à secrets imaginaires qu’on porte contre et en soi.

 Écrire, c’est se taire en hurlant sans bruit des mots noir sur blanc en îles flottantes où se dessinent des gestes, des sourires calmes, un soleil sur des cheveux blonds en une vaste réponse offerte et liée. Face à l’exil des langues étrangère, par nos mères la nôtre fut confiée. Nous la reprenons dès les premiers rayons de soleil sous le jubé.
Elle reste à l’intérieur de nous. Récipiendaires et impétrants, nous écrivons aussi le blanc des cuisses de femme et leur ogive, coquelicot de la langue. Le rouge crée la reprise, la crue, la fente. Nous devenons nous-mêmes dans la rosée de l’encre et ici sa couleur.

Notre corps se comble, se libère de l’émerveillement. Du rouge, jaillissent des nuances fauves poussant jusqu’au violet viscéral. Nous sommes hors limite, au-dehors de nos dedans et leurs imaginaires aux plaisir doux et douloureux. Bref, nous sommes vivants en couleur stigmate de l’outre-frontière. Elle se cache entre le bleu et le rouge.

jean-paul gavard-perret

Photo Horst P. Horst

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