Véronique Bergen, Guido Crepax, L’axiome d’eros
Le langage visuel et l’exercice de la jouissance
Grand maître de la bande dessinée, le Milanais Guido Crepax occupe une place centrale mais tout autant singulière. Les révolutions graphiques et narratives qu’il met au point dans la seconde moitié du XXème siècle et qu’il ne cesse de relancer par la suite se cristallisent au travers de son personnage mythique ,Valentina.
Cet inventeur d’un nouveau langage visuel a été salué par d’autres novateurs : Umberto Eco, Roland Barthes, Alain Robbe-Grillet, Alain Resnais ou encore Bernard Noël et Chantal Thomas. Les travaux de Crepax sont en effet marqués par l’avant-gardisme, les audaces formelles et la création de personnages féminins : Valentina certes mais aussi Anita, Bianca, Belinda.
Et Véronique Bergen propose à propos du créateur des réflexions esthétiques, conceptuelles, philosophiques et pulsionnelles en son voyage dans cette oeuvre et ses héroïnes.
L’essayiste prouve comment se pense l’érotisme à travers le dessin. Et dans ce but, elle sait érotiser sa propre pensée qui, comme une « catin », se déporte vers un plan d’immanence où la pensée reconnaît qu’elle ne surgit que du corps. Pour preuve et illustration, l’oeuvre de Guido Crepax, dont l’hypothèse d’éros devient, écrit Bergen l’ » axiome de l’algèbre du neuvième art. »
Par-delà échangisme, triolisme, voyeurisme, exhibitionnisme, hétérosexualité, bisexualité, homosexualité, onanisme, fétichisme, sadomasochisme, zoophilie fantasmée, Bergen explique comment l’artiste met en scène la conviction d’un impossible : « l’impossibilité d’épuiser le sexe, ses expressions, ses gradients, ses intensités, et l’impossibilité corrélative d’en finir avec la jouissance ». Car, même parachutée dans le représentable, elle ne se réduit pas à l’orgasme, même si son irreprésentable en soi trouve ici une voie.
jean-paul gavard-perret
Véronique Bergen, Guido Crepax, L’axiome d’eros, La Lettre Volée, Bruxelles, 2023, 144 p.