Valéry Molet, Perpétuité pour défenseurs de l’infini. Essai sur Louis Aragon

Valéry Molet, Perpétuité pour défenseurs de l’infini. Essai sur Louis Aragon

Valéry Molet a tout compris d’Aragon. D’où ce brillant essai (et ses suites). Pour l’essayiste, Aragon est parfois à l’étroit dans sa langue : pas assez riche pour lui, il y échappa par l’injure, l’érotisme voire pour gommer l’immondice humain. Et ce, dans certains de ses livres qui, écrivait-il, n’étaient pas des « devoirs, mais des fatalités ». Mais, à l’inverse, Molet ne calcule rien. Bien au contraire. Il ne se plie pas à des effets de manche. Il fonce dans le gras miné de ce héros des Lettres Françaises, de quelques romans parfaits et d’une poésie qui tient la route si l’on excepte certaines pensées de sire ou de sœurs constantes.

Il est vrai qu’Aragon n’a cessé de souligner ce qui fait l’essentiel de son œuvre et que Molet rappelle : la question de la langue, de son rapport à l’amour et à la poésie plus qu’à la politique. Mais de plus, effleurant les nœuds d’Œdipe et en un tel questionnement, l’essayiste souligne combien il est nécessaire de haïr la famille, le père « qui ne voit qu’à travers ses couilles, et les enfants qui s’abreuvent aux testicules paternels comme un bachelier amoureux de son diplôme ».

Mais Aragon, parfois fort peu labile quand il le voulait, savait à ses propres égards « changer le ciel de place ». Et Molet reste son astrologue eu égard à« celui qui sait ce que les autres n’imaginent pas même ignorer. » Il est si alerte et à l’aise avec un tel histrion qu’il rappelle le romanesque et le romantique. Celui qui transcenda le cache-cache ou le colin-maillard « dont la résurrection n’est qu’une métonymie ». Cela, parfois le cul entre deux chaise, perplexe entre jeu et sérieux, nectar et vomi, et ravi de bien des crèches.

L’essayiste de fait s’amuse d’un tel agent double comme un chat avec une souris. Si bien qu’un tel essai est un délice d’intelligence et de style. Par une telle verve, d’Aragon l’oubli est rajeuni. C’est presque même sa résurrection jouissive . Et comme l’auteur, son pur scripteur n’y va pas de main morte.


Valéry Molet, Perpétuité pour défenseurs de l’infini Essai sur Louis Aragon, Douro Editions, coll. Résonnances dirigée par Olivia Jeanne Cohen, 2025 , 97 p. – 18,00 €.

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