Valentina lacovelli, Corpus Körper (exposition)
L’ « euphorisme » et son contraire
Valentina lacovelli a vécu une lutte intérieure constante, où son corps est devenu le champ de bataille entre les attentes extérieures et sa véritable identité. La société patriarcale, avec ses normes de genre rigides, a imposé une dichotomie qui a divisé son être en deux parties incompatibles. D’un côté, le féminin a été idéalisé, objectivé et réduit à l’aspect sexuel seul, tandis que le masculin a été relégué à l’oubli, nié et retiré. Ce dualisme a engendré un conflit intérieur profond et persistant, car les deux parties de son être ont cherché à trouver une voix et une reconnaissance.
Elle a créé bien des approches de mixage des genres dans sa mise en scène de Madame Pierrot qui n’est plus un homme, mais une femme. Une femme qui monte sur la scène du théâtre de l’imaginaire, portant le masque de Pierrot et réécrivant sa légende. Son regard mêle déguisement et révélation, faux-semblant et vérité de l’être. Elle est la femme de théâtre, celle qui ne joue pas, mais existe : une présence fragile et puissante, qui s’approprie le rôle et le transforme en elle-même.
Les photographies que Valentina a prises pour Corpus Körper avec son Nikon Coolpix témoignent de cette lutte, dans laquelle son corps devient le médium pour exprimer la douleur de vivre dans une réalité qui nie sa complexité et son ensemble. Cette série raconte l’histoire d’un corps qui tente désespérément de se libérer des chaînes imposées par la société, un corps qui tente de retrouver son autonomie et son intégrité. Ces clichés dépeignent un corps en transformation continue, sans forme définie, qui se rebelle contre sa réduction à un simple objet sexuel. C’est un corps dans lequel la composante féminine pèse comme un fardeau, l’enfermant dans une cage de stéréotypes et d’attentes, tandis que la composante masculine reste reléguée dans l’ombre, privée de reconnaissance et de dignité.
En fin de compte, les photographies de Valentina racontent l’histoire d’un corps qui cherche à réconcilier ses multiples facettes, à surmonter les divisions imposées par la société et à embrasser sa véritable essence androgyne et complète. Elles témoignent d’une quête de liberté et d’authenticité, d’une lutte incessante pour l’affirmation de soi dans un monde qui nie souvent la complexité de l’être humain. Côté plus de l’esprit des poètes que des afficheurs, elle crée un vagabondage selon une sexualité subjective avec parfois de l’humour à froid, une profondeur, d’arrière-plan ou d’arrière-monde, dans une grande œuvre fondamentale et ses suite de fragments.
jean-paul gavard-perret
Valentina lacovelli, Corpus Körper (exposition), 2025, bar.lina, Viale dello Scalo S. Lorenzo, Rome.