Trois baisers
Les gens heureux ont aussi droit à une histoire
C’est avec plaisir que nous retrouvons Marie-Liesse de Kergolen, l’adolescente d’Un cactus à Versailles, et la plume fine de Maïté Bernard qui confirme ici son talent d’auteure jeunesse.
La jeune fille a maintenant seize ans et vient de passer son bac. Plus de deux années se sont écoulées depuis que son frère ainé a été emprisonné pour avoir frappé sa fiancée qui, depuis, est dans le coma. Plus de deux années qu’elle refuse de rendre visite à Wallerand au parloir ou de lui écrire.
« Je le détestais chaque jour, je le détestais avec constance, je le détestais avec désespoir, je le détestais depuis deux hivers, deux printemps, deux étés, deux automnes, et encore un hiver et un printemps, je le détestais de Versailles à Berlin, bref, je le détestais autant que je l’avais aimé.«
En cette fin d’année scolaire, Marie-Liesse participe à un échange entre orchestres de lycéens à Berlin. Avec elle, ses meilleurs amis Adèle et Valentin et trois copains avec qui elle se sent bien malgré la différence d’âge. Tout semble pour le mieux mais l’adolescente n’a guère l’habitude de quitter le cocon familial et s’inquiète un peu d’être séparée d’Adèle. Bonne surprise ! la famille qui devait héberger son amie est indisponible et elles sont toutes deux accueillies chez la correspondante de Marie-Liesse, une ravissante blonde qui vit dans une maison grandiose et se déplace en Porsche avec chauffeur.
Quatre jours de rêve que vont chambouler la magie pernicieuse de trois baisers. Entre visites touristiques et concerts Marie-Liesse va découvrir qu’Adèle est homosexuelle et se faire peloter par le père de Louise. Bouleversée, la jeune fille ne sait où donner de la tête et du corps : Adèle peut-elle rester son amie ? Doit-on dénoncer Léon, le croqueur de chair fraîche ?
À l’heure où les romans pour jeunes mettent en scène des enfances brisées dans des contextes sociaux difficiles, Maïté Bernard nous propose une héroïne fille à papa gâtée par la vie, jolie et surdouée. Ce parti pris qui peut paraître démodé permet de recentrer l’histoire sur les émois de l’adolescence, de renouer avec des chroniques intimes et des personnages auxquels les lectrices peuvent aisément s’identifier.
Ici, c’est de désir dont il est question ; d’autant plus troublant qu’il est non partagé. Les gens heureux ont aussi droit à une histoire.
patricia chatel
Maïté Bernard, Trois baisers, coll. « Tempo + », éditions Syros, mai 2010, 272 p. – 5,95 €
À partir de 12 ans.