Tim Lott, L’affaire Seymour
Exploitant le thème de la main-mise des médias sur la vie privée des gens, Tim Lott propose un roman relativement ennuyeux
Pour ceux qui l’ignorent encore : Big Brother is watching you. Rien de nouveau depuis 1984. Sauf peut-être une situation qui empire. La tendance est à la confession. La télé se veut réalité. C’est ce thème très trash (comprenez « à jeter ») du contrôle de la vie privée par les médias et par la télésurveillance qui est repris par Tim Lott dans son dernier roman. Quelles sont les limites à l’intrusion dans la vie d’autrui ? Peut-on tout montrer, tout voir ?
L’Affaire Seymour est le compte rendu d’un écrivain de seconde zone, engagé par une veuve qui veut faire la lumière sur la mort tragique de son époux, le docteur Seymour. Comment rétablir la vérité et l’honneur d’Alex, piétinés par les médias qui ont transformé une histoire de meurtre en une « affaire » scandaleuse. Menacé par la cinquantaine bedonnante et léthargique, Alex Seymour a eu un jour l’envie de reprendre le contrôle de sa vie.
Mais je ne suis pas parano. Je suis seulement prudent. C’est ce que je leur dirai. Et c’est la vérité. Je suis prudent.
Aiguillonné par l’étrange Sherry Thomas qui dirige l’aseptisé Cyclope, magasin proposant des appareils de surveillance en tout genre, sa frénésie le conduit à observer sa famille et même ses patients. Ce qui l’amène à découvrir plein de menus secrets. De là naît chez lui un sentiment de pouvoir et de savoir absolus… Mais à se prendre pour un Dieu omniscient, Alex ne court-il pas à sa perte ?
La succession d’interviews et de descriptions d’enregistrements vidéo est aussi intéressante que l’observation des caméras de surveillance d’un parking souterrain la nuit associée à la lecture d’un magazine people. On pourrait certes y voir un manifeste artistique, mettant en perspective un patchwork de points de vue gris pâle. Qui restent désespérément vides. Sauf par moments, dans de trop brefs sursauts. Point ne sert de gloser : le lecteur s’ennuie ferme. À certains moments les remarques dérangées de Sherry Thomas permettent d’entrapercevoir ce à quoi s’apparente une psychopathe de la surveillance à visée eschatologique :
Ce que nous vendons, c’est la paix de l’esprit.
Pourtant, le roman de Tim Lott brasse la plupart du temps des lieux communs sur un ton monocorde – car seule la neutralité approcherait la vérité, comme si pour l’exprimer il fallait se passer d’artifice fictionnel. Et l’on découvre alors (ô surprise) que les gens ont tous une face cachée qu’il nous plaît, à nous voyeurs, de disséquer. Que les médias aiment les affaires sulfureuses parce que leur plus grande passion est de détruire la vie des gens et gagner de l’argent. Que le temps passe. Que la vérité est ailleurs. Le lecteur aussi a envie d’aller voir ailleurs.
m. piton
![]() |
||
|
Tim Lott, L’affaire Seymour (traduit de l’anglais par Annick Le Goyat), Belfond coll. « Littérature étrangère », mzrs 2007, 324 p. – 19,50 €. |
||
