Thierry & Yves Bourquin, La tropézienne, la bauge et le ciste blanc
Entre une eau-forte et six photographies, « deux cousins presque jumeaux » s’abandonnent au jeu verbal au cours d’une ballade. De trois mots, les suivant : et ce, jusqu’à créer des implosions verbales qui, de la route de Narbonne cher à Trenet, dérivent jusqu’à une Asie de moins en moins mineure. Le pré-texte d’origine « garriguienne » s’est donc enrichi de déambulations stylistiques qu’ont aidé les courriels envoyés dans des cafés Internet, de Malaisie au Qatar, pour l’un des écrivants et plus modestement de France et d’Espagne pour l’autre. Mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse.
Ce n’est pas qu’en Espagne que la poésie acquiert le label de Cadix. Chaque « vers » devient un insecte qui vole sans qu’on ne craigne un risque de pandémie – si ce n’est la bonne : celle de l’esprit. Ce dernier se lève le matin (sans avoir forcément beaucoup dormi). Il reste enfantin : les rêves parfois courent après lui. Car les deux poètes ne renoncent à rien : leurs mots font l’amour platoniquement. Quand l’un reçoit des mots, l’autre répond. Non sans parfois d’astucieuses absences de mémoire. D’autant que les « jumeaux » Bourquin ne cultivent jamais le pas en arrière, même si leurs textes lorgnent du côté de Dada, du Surréalisme ou des Situationnistes.
Jouant de défaillances programmées, les deux compères finiraient par nous faire croire qu’une fois les mots écrits ils vont boire trop de tilleul en caressant seulement la chimère. De fait, ils restent nageurs en eaux troubles et ignorent tout des maniques au point de croix ou des pots en macramé. La théorie littéraire prend chez eux très vite la poussière. Ils préfèrent s’inventer en voyageurs de mots. Lesquels échappent à la simple analogie sémantique ou aux convergences des monades.
Nul ne sait si ces textes poétiques viennent du corps, de la pensée où d’un lieu dans une langue plus insolente qu’indolente où il faut continuer de chercher. Mais son enveloppe charnelle voluptueuse implique au besoin une intériorité. Les poètes créent ainsi des instantanés de vie en tentant de les faire partager à travers une musique en états d’alarmes d’âme : elle part du Rhône, de l’or des reins et va jusqu’à St(r)ing en ignorant les rivages du Styx en ce qui tient du tsunami poétique. Le texte en devient alchimique et il n’y a pas loin à y croiser quand, il pleut des cornes, des rennes de la nuit. Le texte n’a rien de matérialiste : il lance des signaux invitant au voyage quels qu’en soient la destination et le but.
jean-paul gavard-perret
Thierry & Yves Bourquin, La tropézienne, la bauge et le ciste blanc, Editions Nomades, Genève, 66 exemplaires, 90,00 €.
