Thierry Martin-Scherrer, La chaise vide

Thierry Martin-Scherrer, La chaise vide

Toujours fidèle à la musique magique de sa poésie, au caractère pointu et originaux de ses thèmes, Thierry Martin Scherrer se retrouve, écrivant et écrivain, en face d’une chaise vide. Et ce, au bord d’écrire sous la dictée de cette chaise, « À l’affût des mots au bord de parler, qui finalement se lèvent et s’en vont. »

Dans cette situation de « dialogue particulier » et proche d’une forme particulière de soliloque, une certaine retenue des mots est nécessaire. Non eu égard à la chaise mais au locuteur absent. Et qui reste un être inédit : à la fois nom d’un absent lambda mais plus qu’un double et un frère : un jumeau.
Face à lui, l’auteur s’impose une certaine retenue et restriction : car le silence de l’autre parle le silence de l’un. Dans leur distance, ce « repons » impose un maximum de regard (quitte à fermer les yeux) et d’écoute pour ne pas l’entraver par ses propres mots.

Mais tout se complique car, derrière la mémoire de ce frère, s’instaurent en concomitance d’autres mémoires là où le dialogue imaginé quoique « réel » devient face à la chaise vide, plus qu’un miroir, « une galerie des glaces constamment refleurie au bout d’une seule phrase. » Car c’est bien là tout l’aveu ou le privilège d’un tel entretie qui devient par la force des chose et de la situation celui que Maurice Blanchot nomme « infini ».

En une telle situation, le « sujet » du sujet est celui-ci : brasser « sans fin les cartes entre réalité et reflet ». Et face à l’absent, celui qui écrit est contraint à aller au bout de jeu de miroir, de galerie, dont la phrase au bout ne peut que mourir « de sa belle mort ».
Le frère aimant reste la « tortue » (dit l’auteur) et la torture de l’auteur. Il parle au nom de sa liberté tout en évoquant l’« extime » de son intimité en ces suites de poèmes. De fragment en fragment, la foi la plus profonde est attestée jusqu’à un point final. Mais s’y fait écho double ceux de suspension. Preuve que ce dialogue est sans retour et boiteux entre présence et absence hantées d’inconnu.

Celui qui parle s’efface par « manque d’assise » en étant seul et double ou comme dédoublé par l’absent. Mais ce paradoxe donne sa vérité. S’y délivre par aveu le secret d’un lieu ou du lieu entouré d’un grand silence et combat de mémoire et d’oubli en un tel duel si particulier et prégnant en une telle « chaise ».

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