Ted Lewis, Plender
Plender & Knott, Knott & Plender… un rapport diabolique se noue entre deux hommes – une histoire qui devient Le Serpent à l’écran.
Plender/Knott, Knott/Plender. Histoire d’un rapport de force qui s’inverse. À l’école, la véritable star, le leader de la bande et celui qui fait tomber les filles, c’est Peter Knott. Il a tout pour réussir, d’ailleurs, sa famille, issue d’une moyenne bourgeoisie, finit par emménager dans un quartier plus huppé. Brian Plender, lui, c’est le souffre-douleur au grand cœur. Celui qui, à force de vouloir se faire accepter, est constamment rejeté.
Des années plus tard, Knott, s’il a réussi en apparence – un heureux mariage et une entreprise de photographie qui vit des commandes de son beau-père – se perd dans des aventures sans lendemain à la recherche de sensations qu’il ne trouvera jamais. Un soir, alors qu’il sort le grand jeu à une midinette de 17 ans, Chez Peggy, ses pas recroisent ceux de Plender. Plender est un détective privé bien particulier. Il vit de ses dons de maître chanteur. Avec un objectif en tête : découvrir qui est le commanditaire de Monsieur Froy, obscur membre d’une non moins obscure organisation fasciste. Plender travaille avec ses acolytes en se servant des petites annonces. Il propose les services de charmantes personnes à des notables, puis les photographie aux moments les plus inopportuns, les forçant par la suite à mettre la main à la poche. Plender suit Knott car il s’imagine pouvoir le faire chanter pour infidélité. La vérité sera tout autre. La fille fait un faux-pas dans l’entrepôt où Knott l’a emmenée, et elle meurt. La panique s’empare de lui, il cache le corps dans le coffre de sa voiture pour aller le jeter dans le fleuve. C’est alors que Plender, l’ancien ami, apparaît. Sa mainmise sur Knott va se révéler effroyable. Il va lui demander de plus en plus de menus services jusqu’à tenter de ruiner son mariage pour coucher avec sa femme.
Tout au long de ce roman de Ted Lewis (1940-1982), illustrateur pour une agence de publicité et spécialiste du film d’animation, passé par la Hull Art School, mort prématurément alors qu’une brillante carrière de romancier se profilait, Plender et Knott vont alterner leurs récits. On va apprendre petit à petit les mesquineries d’enfance de Knott, et l’on n’aura guère envie de s’apitoyer sur son sort d’adulte alors même que Plender est devenu un odieux maître chanteur à la rigidité inflexible. Alors que Knott sombre dans l’alcoolisme, c’est une véritable introspection de l’âme humaine que nous propose Ted Lewis.
Plender vient tout juste d’être adapté et de sortir au grand écran. Rebaptisé Le Serpent, c’est un film d’Éric Barbier avec Clovis Cornillac dans le rôle de Joseph (et non Brian) Plender et Yvan Attal dans celui de Vincent Mandel (alias Peter Knott).
julien védrenne
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Ted Lewis, Plender (traduit de l’anglais par Jean-Paul Gratias), Rivages coll. « noir », décembre 2006, 304 p. – 9,00 €. |
