Daniel Hernandez, Croix de sang au Grand Hôtel
Une avalanche de meurtres s’abat sur Font-Romeu, révélant des pans sombres de l’Histoire.
Font-Romeu et ses pistes de ski laissent des traces rougeâtres dans la neige. Une malédiction s’abat sur la famille Colas. Le fils est retrouvé mort, cervicales brisées, sur les pans d’une montagne qu’il connaissait pourtant par cœur. Le père, ou plutôt le patriarche, qui régnait en despote sur sa famille et sur la population, lui, est attaché nu sur un siège, dans son repaire inaccessible du Grand Hôtel. Des croix gammées sont tracées sur les murs. Un drapeau nazi lui a été enfoncé dans la gorge. Et puis il y a une fille un peu paumée, ancienne petite amie du fils dont le père ne voulait pas entendre parler. Elle est monitrice de ski. Se jette à corps perdu dans la drogue et dans les bras de l’inspecteur en vacances Jepe Llense, lui-même en pleine interrogation personnelle. Sa compagne souhaite un enfant. Lui, n’en est pas sûr. L’éloignement doit lui permettre d’acquérir une certitude dans un sens ou dans l’autre.
En Catalogne du Nord, il va falloir s’armer de patience pour délier des langues et remonter les pentes ardues de l’histoire du maquis. Le père Colas s’est arrangé pour être reconnu résistant. Or, il existait à l’époque une taupe qui s’en est mis plein les poches. Et Colas père n’est pas ce qu’on pourrait appeler un tendre. D’ailleurs, il n’était pas vraiment aimé dans la région. Menacé de mort de toutes parts, on ne compte plus les entourloupes à la limite de la légalité qu’il a multipliées. Le fils a-t-il tué le père ? D’anciens résistants se sont-ils enfin vengés ? A-t-on voulu lui faire payer ses derniers forfaits ? À Font-Romeu, pistes rouges et noires ne cessent de se croiser. Elles emmèneront Jepe Llense jusqu’en Allemagne, à la rencontre d’un fils de général allemand tué soixante ans plus tôt au même endroit que notre patriarche.
Croix de sang au Grand Hôtel est le premier roman publié de Daniel Hernandez. Il se fond très bien dans la collection « Les Polars catalans » à laquelle il apporte de nouvelles approches. On sent bien que cette région est hantée par son histoire et, surtout, par son ambivalence. Car la Catalogne est une enclave entre France et Espagne. De 1936 à 1945, la région a vécu des drames aussi multiples que dantesques. François Darnaudet avait déjà abordé cette période dans Dernier Talgo à Port-Bou. Là, Daniel Hernandez nous replonge dans le trouble de la Catalogne avec une bourgeoisie aux aigres relents et une oligarchie évidemment à vomir. La Cerdagne et ses paysages sont au cœur de ce roman, qui aurait beaucoup gagné en attrait si Daniel Hernandez avait fait plus qu’ébaucher une contrée qu’on lui sent chère. Le style est là, quoiqu’encore imparfait. Les personnages de Jepe Llense et de son compère Jose Trapero sont bien léchés. L’intrigue est simple et efficace. Ce qui donne un roman de bonne facture assuré de délivrer une lecture plaisante.
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Daniel Hernandez, Croix de sang au Grand Hôtel, Éditions Mare Nostrum coll. « Les polars catalans », novembre 2006, 260 p. – 12,00 €. |
