Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty », La Légion d’honneur, Chair aux enchères
La nouvelle fournée des contre-enquêtes du commissaire Liberty nous emmène à Drouot et dans les quartiers ministériels.
Voici déjà les onzième et douzième contre-enquêtes du commissaire Wallance de la police criminelle de Paris, surnommé « Liberty » par ses collègues toujours aussi subtils. On retrouve avec plaisir le divisionnaire Goux, toujours plus intéressé par les jeunes et jolies stagiaires que par les rapports qui s’amoncellent sur son bureau, le fidèle Lavraut, qui a toujours un mot gentil à délivrer à Wallance, Fagis aux dents longues et au rictus d’autant plus insoutenable qu’il paraît avoir déjà partagé la couche de Nathalie Malicorne, une Guadeloupéenne gironde qui rechigne à faire de même avec notre commissaire alors même qu’une infâme rumeur tend à prétendre qu’il est homosexuel.
Le commissaire Wallance est enrhumé. La morve au nez, il avance cependant fièrement vers le commissariat, car, aujourd’hui, la France reconnaît ses mérites en lui délivrant la Légion d’honneur. Seulement, on ne l’avait pas prévenu. Il n’est pas le seul. Cet arriviste de Fagis va aussi l’obtenir. Quant à Goux, toujours dans les bons papiers, c’en est presque une banale formalité. Toute l’équipe se retrouve au grand complet dans une voiture de fonction en route vers son destin. Et puis des bouchons, un gyrophare, un accrochage avec une connasse, un garagiste dont le langage regorge de « mon cul », plus tard, et l’on craint d’être en retard. La connasse est celle qui tend les médailles au ministre. Wallance lui crache sa morve à la veste. Se réfugie dans les toilettes alors que Martine et la petite Anne assistent à la remise. Wallance n’aura pas d’autres occasions de se venger de la connasse, et y va de son assassinat à partir de l’épingle de la médaille. Suffit de faire le pourtour du cou. Et ça plaît bien à Anne encore bébé qui suit les traces de son père. Elle aussi veut s’amuser. Il ne reste qu’à trouver un coupable. Ce sera le ministre !
Pour une fois, un crime qui n’a pas été commis par le commissaire Wallance a été fomenté. Un commissaire-priseur riche comme Crésus, remarié à une ancienne pute, avec un fils qui ne rêve que de se la taper, la pute. Et la réciproque est encore plus vraie. Bref, trouver la coupable ne devrait guère poser de problème. Sauf que… un autre crime a été perpétré un peu plus tôt. Celui d’un souteneur. Et les coupables potentielles sont au nombre de trois. Dont une pute blonde aux apparences de duchesse et dont Wallance tombe aussi sec amoureux fou. Et l’amour rend aveugle. Aussitôt, tout se mélange pour mieux partir dans tous les sens. Martine y va de son couplet, d’autant que Kiki, la femme du commissaire-priseur, est une ancienne camarade de lycée. Pendant ce temps, le commissaire Wallance part à la recherche d’un bracelet préraphaélite. Et il ferait mieux d’en trouver un. Comme son Everest n’est pas suffisant, il part à l’assaut des dix-neuf étages de la tour à l’ascenseur occupé par des déménageurs pour tenter de déflorer sa duchesse qui profite du temps qu’il met à monter pour faire des passes de dix minutes. Faut bien gagner sa vie ! La suite finit dans un bain de sang, car n’est pas Liberty qui veut.
Les éditions P.O.L. nous promettent déjà deux nouveaux épisodes pour le début de 2007. Toujours très littéraires, ces contre-enquêtes du commissaire Liberty ont retrouvé du rythme et de l’énergie. Le style en prend un peu pour son grade, surtout en ce qui concerne Chair aux enchères où la syntaxe de Raphaël Majan n’est plus ce à quoi il nous avait habitués, mais les récits sont jubilatoires au possible. Les rapports entre Liberty et la petite Anne, dont il se sent responsable, sont éminemment truculents. Voici la pensée de Liberty, au moment de recevoir sa Légion d’honneur, qui reflète parfaitement son esprit et l’image qu’il a de son devoir :
On ne tue pas dans l’espoir d’une récompense officielle.
Pourvu que les errances d’Anne ne soient que temporaires.
julien védrenne
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Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » |

La Légion d’honneur, P.O.L., novembre 2006, 203 p. – 12,00 €.