Tailles Douces
Un recueil en forme de guide pratique par un spécialiste de la nouvelle
Une conception un peu académique de l’écriture des nouvelles considère que le récit doit toujours se terminer par une chute, si possible inattendue. Bien sûr, ce procédé se révèle souvent efficace et fécond. Mais il existe aussi des nouvelles qui ne se terminent pas vraiment. Elles se contentent d’évoquer une situation, un moment, un drame, et elles refusent de conclure. En somme, elles préfèrent laisser le lecteur debout au bord du trou qu’elles ont creusé. Position inconfortable, certes. Mais justement : peut-être est-ce la position la plus vraie pour apprécier des nouvelles.
Selon les mots de Jean-Noël Blanc, Couper court (chroniqué dans ces pages) était un « magasin » de nouvelles ; Tailles douces, présenté comme la suite du précédent recueil serait une « fabrique ». En effet, l’auteur, un de nos plus brillants spécialistes de la question, fait le tour des procédés qui assurent au genre sa pérennité depuis le dix-neuvième siècle, tout en lui conférant une étonnante liberté. Il nous propose une série de contraintes bien connues des ateliers d’écriture, se pliant lui-même à l’exercice de manière ludique. De ce fait l’ouvrage reste également un recueil de fictions à lire sans que l’on soit obligé de se préoccuper de la technique.
Le livre débute par A la Une, texte à dénouements multiples. Certains ne tiennent pas la route, qu’importe ! c’est pour l’exemple et c’est vraiment très amusant. On poursuit par des textes à chutes ou à fins ouvertes, ce qui nous vaut une des plus jolies nouvelles Le coin le plus chouette pour les écorces, puis par des thèmes imposés tels que le train, la librairie, la relation amoureuse ou des contraintes stylistiques : nouvelles sans mots accentués ou sans adjectifs qualificatifs, alternance de substantifs masculins et féminins, etc. Entre ces exercices, comme des respirations, l’auteur nous propose des « fablettes » brèves fictions d’inspirations diverses. Il termine par des conseils à rebours, « comment rater l’écriture d’une nouvelle », chapitre savoureux qui recense les pires clichés de style et les idées reçues relatives à la création littéraire. Le tout avec une humilité que nous ne pouvons que saluer et un grand sens de la dérision.
patricia chatel
Jean-Noël Blanc, Tailles Douces, coll. « Nouvelles », éditions Thierry Magnier, mai 2010, 240 p. – 9,90€
Pour tous à partir de 13 ans.