Zouck

Zouck

Jusqu’où peut mener le désir de perfection

Pierre Bottero nous a quittés brutalement le 8 novembre dernier à l’âge de quarante-cinq ans. Depuis dix ans il était devenu un auteur à succès avec des séries d’heroic fantasy, telle La quête d’Ewilan. A côté de son œuvre inspirée de Tolkien, il a également écrit des romans contemporains réalistes et intimes pour les adolescents, dont Zouck, publié en 2004 et que Flammarion vient de rééditer.

Anouck Angelotti, surnommée Zouck, est une lycéenne tranquille passionnée par la danse. Elle ne rêve pas de devenir danseuse étoile mais suit les cours de classique et de jazz de Bérénice avec toute la ferveur et le sérieux dont elle est capable.
« Durant mes six années de piano, pas une seule fois je n’ai éprouvé la même chose. Jouer un morceau ne m’intéresse pas, et la musique seule ne me touche pas vraiment. C’est quand elle devient danse qu’elle me retourne. L’alchimie magique du son et du geste, par laquelle l’homme devient plus qu’humain… »
Un samedi après-midi, Bérénice organise un cours exceptionnel auquel doit assister son ancien professeur, un danseur retraité de l’Opéra de Paris. Zouck s’y rend avec enthousiasme, espérant ainsi profiter de l’expérience et de l’avis d’un artiste aussi chevronné. Mais après le cours, elle surprend une conversation entre Bérénice et Alonzo Perez : « C’est vrai, elle a un beau sourire, mais elle n’a que ça ! Un beau sourire. Elle est courte sur pattes, avec cinq bons kilos en trop qu’elle porte sur les fesses, ça l’empêche de bouger correctement« 

Zouck est furieuse et blessée mais juge cette réflexion méprisable. Sauf que peu à peu, la blessure se fait plus profonde et la jeune fille commence à juger son physique avec sévérité et entame un régime alimentaire. Elle aimerait parler de ses doutes à quelqu’un mais Maiwenn, sa meilleure amie, n’est plus disponible que pour son amoureux et ses parents semblent surtout s’inquiéter de ses résultats scolaires. Sa seule amie est la balance de la salle de bain qui affiche chaque jour le poids perdu et la jeune fille sombre dans le mensonge et l’anorexie. Seule Bérénice s’aperçoit de son amaigrissement important et rapide et la met en garde : au bout du chemin, ce n’est pas la perfection qui l’attend mais la mort.

L’anorexie reste un sujet difficile à romancer sans tomber dans le psychologisme ou le drame. La force de ce roman réside justement dans sa sobriété et la justesse du personnage principal auquel il est aisé de s’identifier. L’aventure tragique que vit Maiwenn sert de pendant à celle de Zouck. Maiwenn était avertie du danger mais n’a rien voulu écouter et Zouck n’a pas été écoutée mais cela aurait-il changé quelque chose ? Pierre Bottero ne donne aucune solution et si le dénouement est heureux, Zouck n’est pas guérie pour autant.
Les jeunes lectrices devraient être touchées par ce roman sensible et vrai qui reste, hélas, toujours d’actualité.

patricia chatel

Pierre Bottero, Zouck, coll. « Tribal », Flammarion, mars 2010, 160 p. – 7,00 €
À partir de 14 ans.

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