Stefan Palk, Cognitum
En mêlant dans un polar musclé tous les ingrédients classiques d’un Page-turner enlevé (un jeu sexuel-virtuel par casque interposé qui dégénère à Paris, une section entière de militaires aguerris massacrée sans coup férir et sans raison en Afrique, des djihadiste syriens se livrant aux pires expériences en vue d’une guerre dévastatrice d’un nouveau genre), Stefan Palk réussit son pari : tenter d’apposer un recul réflexif quant au tout-technologique qui nous envahit chaque jour davantage et montrer que la réalité augmentée correspond bien souvent, surtout dans l’esprit (si l’on ose dire) de multinationales sans foi ni loi – ici Vivalia qui promeut de manière révolutionnaire la mise en ligne d’un milliard de cerveaux humains – à une réduction de la subjectivité au risque de son aliénation totale.
Le futur que dépeint le romancier, bien appuyé sur des lieux tangibles et des personnages à la psychologie fouillée (notamment la capitaine des forces spéciales, Maxime Barelli, et le lieutenant borderline de la Police Judiciaire Yann Braque, pour les deux protagonistes centraux dont l’on suit au fil de pages les pérégrinations et les péripéties), n’est pas si éloigné que cela de notre société ayant célébré le règne du transhumanisme et de la transcendance humaine rendue possible grâce à l’intelligence artificielle repesant à nouveaux frais l’humanité 2.0 .
Certes, les sciences du cerveau qui sont présentées ici de manière très détaillée (et fort documentée) relèvent d’une dimension caricaturale mais celle-ci est au service de l’intrigue du roman : dès lors que la science peut être dévoyée par le terrorisme pour exalter ou inhiber les combattants en présence et que des accidents sans précédents s’enchaînent et portent atteinte de manière létale au cerveau – réceptacle servant à stocker des milliards de données -, le constat proposé fait froid dans le dos. Si l’on n’a pas attendu l’auteur pour se sensibiliser au mythe de l‘apprenti-sorcier high tech, reste que ce Cognitum qui annonce tout à la fois une irréversible épidémie technologique et un véritable « l’holocauste numérique » est terriblement efficace.
Une chose est sûre : une fois le livre reposé, le lecteur ne regardera plus du même oeil les nanorobots censés stimuler le cerveau humain.
frederic grolleau
Stefan Palk, Cognitum, Éditions Philippe Rey noir, octobre 2016, 336 p . -19, 00 €.
