Sonia Sieff, Les Françaises (livre + exposition)
Les Françaises – façon Sonia Sieff – sortent du quotidien pour s’offrir en des cérémonies secrètes et érotiques. Leur sidération passe par un jeu théâtral d’ombre, de lumière et d’harmonie. Elles invitent à une « communauté inavouable » tout en cultivant une solitude qu’elles chérissent. D’où l’impression de songe qui émane des œuvres. Elles ne se veulent pas un témoignage mais la mise en scène d’une énigme au sein d’oasis de sérénité en bordure du monde. L’artiste en retire les éléments parasites.
Chaque Eve appartient à l’ordre d’un éther vaporeux mais finement découpé. Le luxe et la picturalité de chaque écrin semblent une convention mais ils sont de fait au service du merveilleux. Le regardeur éprouve le sentiment d’atteindre le plus secret de moments d’intimité. Ils deviennent le « temps à l’état pur » dont parlait Proust. Le monde est suspendu. Les frontières du réel sont disloquées pour permettre une traversée incertaine où certains fantasmes rampent.
La photo n’a donc rien d’innocent. Sonia Sieff joue avec le regardeur. Il peut même croire qu’elle lui offre un troisième œil à la manière de ce que proposent certaines cosmogonies asiatiques. En tout état de cause, les photos transforment la femme en un labyrinthe oculaire enlacé et permettent de croire percevoir des profondeurs cachées.
jean-paul gavard-perret
Sonia Sieff, Les Françaises , Editions Rizzoli, 2016.
Les photos seront présentées à « A Galerie », Paris, mars 2017.
