Son nom, Venise : entretien avec l’artiste Anna Zemella

Son nom, Venise : entretien avec l’artiste Anna Zemella

Anna Zemella crée par ses photographies de Venise tout sauf des visions touristiques. S’y éprouve un amour de sa ville. Elle la métamorphose par jeux de lumières ou en montrant les dangers des immenses bateaux croisières qui détruisent la lagune Existe là une « expérience » de l’intime en vadrouille. Le chant des images remplace le simple logos de ce qu’on appelait jadis les réclames.
Les photos deviennent la didascalie du silence ou des murmures de la ville pour mieux les exhausser à l’approche d’un sommeil où certains s’attardent.

Entretien (français/italien) :

Qu’est-ce qui vous fait lever le matin ?
La lumière violette des toutes premières lueurs du jour ; si je suis à Venise : les micro-rumeurs de la ville qui se réveille (à Venise on entend tout). Le campanile des 7 de la place Saint-Marc, mes chats.

Que sont devenus vos rêves d’enfants ?
Les rêves nocturnes demeurent et transforment la réalité que je vis et les images du futur. Mais non complètement : je rêvais de devenir journaliste et photographe, exploratrice aussi : cela je ne l’ai pas réalisé mais il reste en moi, je le cultive dans mon quotidien.

A quoi avez-vous renoncé ?
Je me suis mariée très jeune et j’ai eu tout de suite deux fils. Magnifique aventure au début (mais qui se suivit d’un divorce). J’ai renoncé ainsi à traverser mon adolescence, ce qui aujourd’hui crée encore en moi une incomplétude.

D’où venez-vous ?
Je viens de la terre et je me suis jointe à l’eau dans la lagune de Venise. Ma terre est un petit village de la plaine Padane où je retourne souvent. Et ma petite barque dans la lagune porte son nom de « Arre ».

Quelle est la première image qui vous procura de l’émotion ?
Une bicyclette rouge dans la pénombre d’un salon.

Et la première lecture ?
Les livres de Salgari et puis « Les Trois Mousquetaires »

Comment voyez-vous le corps?
Dans le passé je l’ai vu comme un magnifique instrument pour traverser la vie. Maintenant j’ai dépassé la dualité corps/âme et je ne réussis plus à parler du corps en le coupant de l’âme (mais pas dans un sens religieux).

A qui n’avez-vous jamais osé écrire ?
A mon père.

Qu’est-ce qui vous différencie des autres artistes?
Le fait que je ne veuille pas vivre dans le rôle d’artiste mais vivre dans qui je suis.

Où et comment travaillez-vous ?
Comme photographe, en errant : à Venise et où me portent ma curiosité, les gens, les émotions. Dans mon travail strictement professionnel, maintenant plus lâche, la promotion des projets culturels.

Quel livre aimez-vous relire ?
Les essais sur l’histoire de l’art de Roberto Longhi. L’auteur m’a appris à éprouver et à regarder.

Qui voyez-vous dans votre miroir ?
Difficile à dire. Je me sens tant de choses. Chaque jour c’est différent.

Quels sont les artistes dont vous vous sentez la plus proche ?
Ghirri (photographe) ; Bellini et Piero della Francesca, Kiefer

Que voudriez-vous recevoir pour votre anniversaire ?
Un petit camping-car pour voyager.

Que défendez-vous ?
La ville où je vis, et à travers elle les valeurs auxquelles je crois. L’ambiance, les personnes, l’art.

Que pensez-vous de la phrase de Lacan : « L’amour c’est donner ce qu’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas » ?
Le fait que parfois, quand nous aimons quelqu’un, nous le fassions plonger dans nos superstructures amène à  de l’insatisfaction parce que nous ne nous reconnaissons plus pour qui nous sommes et pour les mêmes raisons nous ne reconnaissons pas l’autre.

Et celle de W. Allen : « la réponse est oui mais quelle était la question ? »
La disponibilité mais aussi l’incapacité de comprendre vraiment et de sortir de nous-mêmes.

Quelle question ai-je oublié de vous poser ?
Celle-ci.

entretien, traduction et présentation réalisé par jean-paul gavard-perret pour lelitteraire.com, le 25 août 2018.

Che cosa la fa alzare dal letto la mattina? la luce violetta del primissimo mattino; se sono a Venezia: i microrumori della città che si risveglia (a Venezia si sentono tutti), la campana delle 7 della Piazza San Marco; i miei gatti

Che ne è stato dei suoi sogni di bambino? I sogni notturni restano e trasfigurano la realtà in cui vivo; le fantasie sul futuro anche, pur non completamente: sognavo di fare la giornalista e la fotografa; sognavo di fare l’esploratrice e quello non l’ho praticato, ma resta e lo coltivo dentro di me nella mia quotidianità

A che cosa ha rinunciato? mi sono sposata giovanissima e ho avuto subito due figli. Magnifica avventura all’inizio (a cui però è seguito un divorzio). ho rinunciato così ad attraversare la mia adolescenza che ancora a tratti porto dentro incompiuta
Da dove viene? Vengo dalla terra e sono giunta all’acqua della laguna veneziana. La mia terra è un paesino della pianura padana dove torno di frequente. La mia piccola barca lagunare porta il suo nome: Arre.
Quale à la prima « image » che ha colpita i suoi emozioni ? una piccola bicicletta rossa nella penombra di una grande sala

E il primo libro ? Salgari e poi I tre moschettieri

Come puo parlare della sua visione del corpo ? In passato l’ho vissuto come un magnifico strumento per attraversare la vita. Ora ho superato la duaità e non riesco a vedere e a parlare del corpo a prescindere dall’’anima’ (non in senso religioso)

A chi non ha mai osata scrivere ? a mio padre

Che cosa la contraddistingue dagli altri artisti artisti ? Il fatto di non volermi vivere nel ruolo di artista ma vivere di me stessa nel suo insieme

Dove e come lavora? Come fotografa vagando: a Venezia e dove mi portano la curiosità, la gente e le emozioni. Nel lavoro strettamente professionale, ora allentato, nella promozione di iniziative culturali

Qual è il libro che le piacerebbe rileggere? I saggi dello storico dell’arte Roberto Longhi. Mi ha insegnato a sentire e a guardare

Quando si guarda nello specchio chi vede ? Difficile. Mi sento tante cose. Ogni giorno diversa

Quali sono gli artisti a cui si sente più vicino? Ghirri (fotografo); Bellini e Piero della Francesca, Kiefer

Che cosa vorrebbe ricevere per il suo compleanno? Un piccolo camper con cui viaggiare

Che cosa difende? La città in cui vivo, e attraverso lei i valori in cui credo. L’ambiente, le persone, l’arte….

Che cosa le ispira la frase di Lacan « L’Amore è dare qualcosa che non si ha a chi non non ne vuol sapere »? Il fatto che a volte quando amiamo lo facciamo immersi nelle nostre sovrastrutture e produciamo infelicità perché non ci riconosciamo per quello che veramente siamo e per lo stesso motivo non riconosciamo l’altro

E che cosa pensa di questa frase di W. Allen: « la risposa è si’, ma qual era la domanda? » Disponibilità. ma anche incapacità di comprendere veramente e uscire da noi stessi

Che domanda ho sbagliato ? Questa

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