Shirley Hazzard, La Baie de midi

Shirley Hazzard, La Baie de midi

Des personnages lassants, une déception que ce roman

La baie qu’évoque le titre est celle de Naples, décor séduisant pour un roman, quoique banal presque autant que Venise, au point qu’on peut considérer comme un genre spécifique les fictions qui s’y situent. Le lecteur en attend, au minimum, le plaisir d’être plongé dans l’atmosphère des lieux, et au mieux, un texte apte à les lui faire redécouvrir sous un angle inédit.
Le roman de Shirley Hazzard satisfait à la première exigence, mais pas à la seconde, même si le contexte napolitain qu’elle décrit n’est pas des plus rebattus, s’agissant de la ville telle qu’elle était quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale.

La narratrice, Jenny, une jeune Anglaise ayant grandi en Afrique, s’installe à Naples en tant qu’employée de l’OTAN, et s’y lie avec un couple original : Gioconda, une femme écrivain au destin dramatique, et Gianni, un réalisateur fanfaron et macho (qui a par ailleurs une épouse et des enfants à Rome). L’amitié avec Gioconda fait découvrir à Jenny un point de vue sur l’existence bien différent du sien propre, lié aux expériences difficiles à endurer que la Napolitaine a traversées pendant la guerre, et à des malheurs personnels qui ont failli la détruire (elle a perdu en peu de temps son premier amour et son père adoré).
Gianni, en revanche, irrite constamment la narratrice, lui donnant en outre l’impression de transformer sa maîtresse en victime, quand bien même Gioconda semble relativement satisfaite de leur relation. La majeure partie du récit est centrée sur ces deux personnages, avec l’effet fâcheux de lasser, car l’auteur n’approfondit pas leur portrait, les ayant définis dès le début ; même les rebondissements qui surviennent sur le tard n’apportent aucune vraie révélation à leur sujet, et paraissent à la fois prévisibles et artificiels.
Quant au personnage de Jenny, il apparaît parfaitement médiocre en dépit des données censées le rendre original (l’enfance et l’adolescence solitaires, l’amour incestueux pour son frère).
Pis encore, la narratrice semble tellement empreinte des défauts qu’on attribue traditionnellement aux Anglais (une réserve outrancière allant jusqu’à affecter le jugement ; un tempérament froid ; une sorte d’égocentrisme bien élevé), qu’elle finit par produire l’impression d’être un cliché même quand elle les critique.

L’on referme le livre avec déception, sans envie de mieux connaître l’auteur.

agathe de lastyns

   
 

Shirley Hazzard, La Baie de midi, traduit de l’anglais par Claude et Jean Demanuelli, coll. « Du monde entier » Gallimard, mai 2010, 266 p.- 18,50 €

 
     

 

 

 

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