Serge Tisseron, Tintin et le secret d’Hergé

Serge Tisseron, Tintin et le secret d’Hergé

Le mystère des bijoux de famille

 Les Cigares du Pharaon, page 11, 7ème case : Philémon Siclone s’éloigne sur la mer à bord de son sarcophage et lance un appel à Tintin : « …ou…pa…pa…é…or… a….er…opel….a ». Tintin lui crie qu’il ne peut pas l’entendre. On m’a d’abord lu cette case, enfant. Devenu adulte, je l’ai lue et relue. Je l’ai lue à mes enfants. Pourtant c’est comme si je ne l’avais jamais lue, jamais entendue. On peut lire sans voir, sans saisir, en flottant…
Serge Tisseron m’a définitivement aidé et sans forcer, je l’ai maintenant saisie : cette case est à moi. Entre nous, ça fait du monde : Hergé, Serge Tisseron, Tintin et tous les autres personnages, vous, moi, nous voilà tous embarqués dans la même galère, sur la même mer… Sinon il n’y aurait pas tous ces mots. Alors autant prendre un cap pour un moment et se choisir un capitaine… et là c’est Serge Tisseron qui nous guidera dans la profondeur de l’œuvre… aussi multiples et complexes que nous sommes.

Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, référence internationale en matière d’analyse des rapports entre le psychisme et toutes les formes d’images – l’un des rares exégètes de Tintin que Frédéric Grolleau laissait en vie dans son décapant Après, Tintin... -, présente dans cet ouvrage les principales observations qu’il a pu développer dans d’autres ouvrages déjà parus. Ce livre se trouve au croisement de deux réflexions : la première sur les secrets de famille et la deuxième est une analyse de l’œuvre d’Hergé. Et les deux se combinent à merveille.
Car approcher Tintin sous l’angle des secrets de famille permet de résoudre bien des énigmes et de répondre à des questions bien précises qui devraient – et c’est une exigence – intéresser bien d’autres personnes que les tintinologues invétérés. Pourquoi la Castafiore chante-t-elle et parle-t-elle tout le temps pour ne rien dire ? Pourquoi Irma, sa servante, ne pipe-t-elle jamais un mot ? Pourquoi le capitaine Haddock souffre-t-il d’une sévère dépression avant de s’installer à Moulinsart ? Pourquoi son ancêtre le chevalier de Haddoque a-t-il caché au Roi Soleil les bijoux volés à Rackham le Rouge ?

Pour trouver la réponse unique à toutes ces questions, il faut suivre la démonstration précise, rigoureuse et convaincante de Serge Tisseron, qui a fouillé du côté d’Hergé. Il se trouve que l’analyste avait identifié la nature d’un secret dans la famille d’Hergé que les biographes n’ont révélé que bien après. Mais attention, Tintin n’est pas un papillon. Serge Tisseron n’est pas un tueur d’images, un tueur de rêves, il ne dissèque pas, ne cloue pas les mystères comme un entomologiste le fait avec des insectes. Clouer n’est pas comprendre et comprendre n’est pas tuer. Il s’agit simplement d’apporter une approche, un savoir, une discipline au sens le plus noble du terme et d’éclairer davantage une œuvre qui ne peut tout simplement pas se réduire.
Cet ouvrage fonctionne davantage comme une invitation à la redécouverte. Le récit, nourri de références bibliographiques précises – qui permettent à l’auteur de rendre quelques hommages et de faire quelques tacles à la régulière – est surtout le compte-rendu d’une rencontre entre l’auteur et l’univers de Tintin.

Ainsi naît une réflexion sur les connexions entre les œuvres et leur public. L’idée d’un secret de famille n’est pas née toute seule… Et la curiosité se prolonge, un appétit se découvre pour d’autres ouvrages de Serge Tisseron. Tintin n’est pas mort, cette increvable bête. Et la seule chose qui compte c’est d’y revenir.
Je serai juste un peu mieux armé pour ma prochaine lecture… Le sceptre d’Ottokar est à moi !

c. aranyossy

   
 

Serge Tisseron, Tintin et le secret d’Hergé, Hors Collection, juin 2009, 180 p. – 16,00 euros.

 
     

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