Sandrone Dazieri, Le Blues de Sandrone

Sandrone Dazieri, Le Blues de Sandrone

Sandrone et son autre moi, Associé, partent dans cette troisième aventure à la recherche d’un fantôme ayant côtoyé les milieux de l’extrême droite italienne.

Sandrone Dazieri a crée un héros éponyme atypique. Le Blues de Sandrone relate ses troisièmes aventures après Sandrone et Associé et Sandrone se soigne. Sandrone est un personnage à double personnalité. Totalement schizophrène. Docteur Jekyll et Mister Hyde. Sandrone le jour et Associé la nuit. En effet, dès que Sandrone ferme les yeux, Associé prend la relève. Et ses méthodes diffèrent de celles de Sandrone. Autant Sandrone parait réfléchi malgré ses dons pour attirer les emmerdes, autant Associé est un réel psychopathe adepte des manières fortes et souvent peu subtiles.

« C’est l’histoire d’un paysan qui va au marché acheter des ânes. Le paysan tourne jusqu’à ce qu’il trouve un éleveur qui lui promet l’affaire de sa vie. Au prix de neuf ânes, il lui en vendra dix.
Le paysan accepte tout content, et rentre chez lui en chevauchant le plus bel âne, il a hâte de raconter ça à sa femme. Mais pendant le voyage il a un doute : et si l’éleveur l’avait embrouillé ? Alors, il compte les ânes et s’aperçoit qu’ils ne sont que neuf. Il les comptes, les recompte et ils sont toujours neuf. Il arrive chez lui en larmes et raconte tout à sa femme qui l’emmène dehors et lui fait voir que les ânes sont bien au nombre de dix. Et même, à bien y réfléchir, il y en a onze.
 »
Cette histoire, ici relatée par Sandrone, résume parfaitement les péripéties que notre héros va suivre. Le Blues de Sandrone l’emmène au cœur des événements du G 8 à Gênes (manifestation anti-mondialiste de 2001). Vale, sa petite amie avocate, l’a quitté. Il se retrouve embrigadé en tant que veilleur dans un centre d’attraction genre Luna Park, qui subit l’ire de la population locale pendant que Sandrone se voit confier une enquête qui va le conduire à la chaumière de « Blanche-Neige » où une noce est organisée et un incendie perpétré.

À partir de cet instant, Sandrone manque de devenir fou. Accompagné de ses plus fidèles lieutenants et de la ravissante, mais énigmatique Lidia, il se fraye un chemin dans les milieux d’extrême droite à la recherche d’un fils révolté et renié. L’âne, c’est Sandrone. Il n’aime pas ça et Associé, encore moins. Alors, la bourgeoisie locale et ses fils chéris, supporters racistes de football, n’ont qu’à bien se tenir. L’empreinte de Dazieri se caractérise par un profond humour caustique qu’ironie et regard critique viennent perturber. Tout dans le personnage de son enquêteur est d’une ironie intelligente. De son regard à ses faits et gestes. De ses discours à sa narration. La situation italienne est passée au crible. Les rouages juridiques, la politique extérieure et la façon de gérer – ou plutôt de non-gérer – l’immigration en prennent pour leur grade.

L’écriture, mélange de poésie, pleine de réminiscences jazzy, et de phrases brutes, est sans cesse virevoltante pour le plus grand plaisir des yeux et des oreilles. Sandrone Dazieri montre qu’il n’est pas seulement un journaliste (Il Manifesto, Gialli Mondori) mais aussi un écrivain. À ce titre, une place lui est réservée au sein du roman noir italien et son héros (et il est tout sauf un âne !) rentrera à coup sûr au panthéon des grands détectives hard boiled.

julien védrenne

   
 

Sandrone Dazieri, Le Blues de Sandrone (traduit de l’italien par Serge Quadruppani), Métailié – Suites, 2004, 284 p. – 10,00 €.

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