Samuel Buckman, Des riens
Apparemment nul ne se prénomme Samuel pour rien. D’autant que le titre de livre de Buckman n’est pas sans rappeler Beckett. Comme pour lui, il ne reste ici que des bribes et traces au fil du temps. C’est tout ce qui demeure. Dès lors, il convient d’avancer, sans rien forcer « Tout en restant le museau en l’air » mais en « un état de recherche / Une manière discrète de regarder le monde. » Comme Beckett, l’auteur pratique la marche solitaire dont l’épuisement qui en découle permet d’extraire « un champs de propositions », voire un lieu d’entente. Mais si l’affect joue un rôle, ne perdure, dans une telle écriture, qu’un système de correspondances déterminé par le concept afin de ne pas glisser dans le pathos.
Refusant le « scepticisme distingué » que reprochait Baudelaire à Anatole France en ses « manières marmoréennes », les choses vues – en dépit du « jeu » que revendique l’auteur – ne tombent jamais dans l’expression d’ineffables gamineries. Le poète offre une forme de témoignage d’un état affectif particulier qu’il conjugue à toutes les subtilités d’un système de références simples, « naïves » mais puissantes.
Chaque segment de texte devient la trace d’expériences que la volonté aux aguets rejette. Si bien que le poème se découvre à mesure qu’il avance lorsqu’il est tiré des obscurités intérieures. Existe une contemplation du monde indépendamment du principe de la raison là où l’écriture devient à la fois une affaire de vision et de technique.
La réalité prend un aspect particulier entre la clôture ou plutôt l’épuisement et un dynamisme qui empêche de s’enfermer nulle part. Une telle saisie laisse vacantes les questions sur la possibilité d’être ou non au monde. Mais le « si je suis » de Beckett trouve alors, sinon une signification ferme, du moins une hypothèse de présence.
jean-paul gavard-perret
Samuel Buckman, Des riens, éditions Potentille, 2017.
