Roger Duchêne, Madame de Sévigné

Roger Duchêne, Madame de Sévigné

D’amour me font, belle marquise, vos beaux yeux mourir

Madame de Sévigné n’a jamais rien écrit… à part des lettres à sa fille, et quelques autres destinataires, qui ont assuré sa très grande célébrité. Sa vie pourtant ne fut pas lisse : orpheline, puis femme trompée mais s’en accommodant intelligemment, jeune veuve courtisée et pas toujours insensible, frondeuse mais proche du pouvoir, parisienne et provinciale, elle reste comme une mondaine brillante.
Du baroque de sa jeunesse et de son premier comportement au jansénisme strict (mais existe-t-il un jansénisme non strict ?) du soir de sa vie, Roger Duchêne, dont le style est d’une érudition sans faille (il a édité les Lettres de la marquise dans la « Bibliothèque de la Pléiade ») retrace le parcours étonnant, et pas aussi linéaire qu’on l’imaginerait, de celle qui n’était destinée qu’à rester obscure, comme d’autres femmes de cour, et dont l’héritage littéraire inattendu a assuré la réputation.

Pour autant, nulle conception d’ensemble dans son entreprise : c’est la vie qui écrit au jour le jour, au gré des déplacements de Mme de Grignan (la fille), ou de la marquise elle-même. Malgré la masse énorme du courrier, conservé par piété filiale, ou pour quelques autres raisons (précisions techniques, actes juridiques, entreprises commerciales selon les circonstances), on sait qu’il manque une autre quantité tout aussi impressionnante de lettres, parce qu’on n’en a retrouvé que quelques-unes destinées à des amies qu’elle a fréquentées durant près de quarante ans et auxquelles elle a adressé des lettres dont il reste quelques exemplaires. On imagine donc l’ampleur de l’ « universel reportage », comme dira plus tard Mallarmé, dans un tout autre contexte.
Le mystère de la correspondance reste faussé par cette béance : l’absence des réponses de la fille, qui a correspondu aussi longtemps et aussi longuement que la mère : étrange dialogue à une seule voix…

Roger Duchêne propose ici une biographie magistrale, intelligente et instructive, tant sur le curieux personnage qu’était la Marquise que sur l’époque, toujours fascinante, du grand siècle.

yann-loïc andre

Roger Duchêne, Madame de Sévigné, Tallandier, « Texto », 2012, 704 p., 12,50 €.

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