Andrea Camilleri, Le Coup de filet

Andrea Camilleri, Le Coup de filet

Camillieri sans Montalbano : moins jubilatoire

Quand la fille d’un parlementaire sicilien en vue est assassinée, la RAI se doit de garder une prudente neutralité dans le traitement de l’information. Surtout si l’on précise que le politicien en question est le demi-frère d’un caïd de la mafia, que l’accusé, le fiancé de la défunte, est le fils d’un député de gauche, et que son avocat est l’amant de la fille d’un sénateur – et accessoirement que sa femme (bien qu’ils soient séparés) est celle du directeur de l’information de la chaîne publique. Vous trouvez ce début d’article un peu complexe ? Eh bien, attendez donc la suite : le directeur du journal télévisé de la RAI ne vit plus avec sa femme – qui refuse de divorcer même si elle vit officiellement avec un avocat de renom – et a pour maîtresse la femme de son présentateur vedette. Et si vous ajoutez les noms (je vous épargnerai les surnoms) de tout ce petit monde, cela devient pire encore : Michele Caruso, le directeur du journal télévisé, Gaetano Stella, son beau-père, Toto Basurto, l’homme de confiance de ce dernier, Gabriele Lamantia, l’informateur glouton de Caruso, Manlio Caputo, l’accusé du meurtre, Massimo Troina, son avocat ; Giulia, la femme de Caruso, Giuditta, la maîtresse de Caruso, Amalia, la victime, Serena et Stefania, ses amies… Il faut s’accrocher pour s’y retrouver dans ce panier de crabes, et d’ailleurs le roman commence judicieusement par une liste des personnages. Malheureusement, y recourir n’aide pas à la fluidité de la lecture.

L’intérêt du livre réside surtout dans la description des rapports plus que troubles entre les médias – le traitement de l’information et l’indépendance de la presse sont au centre de l’histoire, en partie inspirée d’un fait réel –, la justice, la politique, les banques et bien sûr, Sicile oblige, la mafia. On se doute que dans un tel contexte, déontologie et pressions politiques ou crapuleuses font un mélange explosif. Le maestro porte un regard distancé sur l’hypocrisie ambiante, l’honnêteté toute relative des protagonistes, avec la méchanceté et la lucidité dans l’analyse que les amateurs du commissaire Montalbano (dont il s’est séparé le temps de ce roman) reconnaîtront. Il y manque toutefois un peu de la verve et de l’humour que l’on apprécie le plus chez lui.

agathe de lastyns

Andrea Camilleri, Le Coup de filet (traduit de l’italien par Dominique Vittoz), Fayard, octobre 2012, 224 p. – 16,00 €

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