Le cercle de craie caucasien (Bertolt Brecht/Fabian Chappuis)

Le cercle de craie caucasien (Bertolt Brecht/Fabian Chappuis)

Une histoire  nourrie de doutes, de revirements, d’une ironie légère et d’un cynisme percutant    

Les acteurs investissent précipitamment le plateau vide, entouré de tentures noires. De vives discussions s’engagent entre eux. Dans un pays soviétique, deux sovkhozes se disputent une vallée. Pour illustrer la valeur de la décision prise collectivement, il est convenu de donner une représentation. Cette scène dans la scène permet aux comédiens d’adopter ostensiblement leur rôle, en se costumant, voire en déplaçant le décor, constitué de deux plans inclinés modulables dont la conjonction servira à figurer tous les éléments environnant l’action durant le spectacle. Celui-ci relate des événements révolutionnaires en Géorgie, qui conduisent la femme du grand duc à abandonner pour des raisons futiles son nourrisson. Une servante ne peut se résoudre à le délaisser, en proie aux menaces destructrices des rebelles.

© Bastien Capela

Le propos est dynamique, bien porté par une mise en scène efficace, qui utilise la musique et les éclairages pour porter l’action, son rythme et son climat. La mère de fortune (Stéphanie Labbé, qui tient son rôle à la perfection) se prend à jouer sa vie pour l’enfant, qui devient le déterminant de tous ses choix. La pièce est à la fois une satire sociale, toute empreinte de l’engagement brechtien, et une épopée existentielle, qui donne à l’auteur l’occasion de formuler des adages prenant l’allure de prophéties politiques, notamment lors d’interventions ponctuelles du narrateur. Seule une séquence sur l’instauration et les frasques du pouvoir judiciaire paraît un peu longuette. A terme, se donnent une reformulation du jugement de Salomon et une morale : que toute chose revienne à qui lui fera du bien. Si l’on ne retenait que cette dimension moraliste et édifiante, l’histoire serait sans doute appauvrie par simplification. Mais elle apparaît ici nourrie de doutes, de revirements, d’une ironie légère et d’un cynisme percutant. Une réussite.

christophe giolito

Le cercle de craie caucasien
de Bertolt Brecht

mise en scène Fabian Chappuis

Avec :
Jean-Patrick Gauthier (Laurenti Vachnadzé), Florent Guyot (Azdak), Stéphanie Labbé (Groucha Vachnadzé), Benjamin Penamaria (Simon Chachava), Agnès Ramy (Maro, La Gouvernante), Boris Ravaine (Chotta, Le Brigadier), Jean-Christophe Laurier (Illo Schouboladzé), Marie-Céline Tuvache (Natella Abaschvili), Elisabeth Ventura (Mâcha, La Suivante) et Eric Wolfer (Georgi Abaschvili)

 Texte français Georges Proser L’Arche est éditeur et agent théâtral du texte représenté – Mise en scène & scénographie Fabian Chappuis, Assistant à la mise en scène Philipp Weissert, Musique Cyril Romoli, Vidéo Bastien Capela, Chorégraphie Serge Ricci, Marionnettes & masques Sébastien Puech et Priscille Du Manoir, Coiffes Philippe Fargeas, Lumières Florent Barnaud, Administration François Nouel, Diffusion Isabelle Decroix Spectacle créé en collaboration avec le Théâtre 13

Production Compagnie Orten, coproduction Théâtre Victor Hugo de Bagneux, avec le soutien de ID Production, de l’Adami de la Spédidam. Spectacle crée en collaboration avec le Théâtre 13 / Paris

Au Théâtre 13 / Seine, 30 rue du Chevaleret – 75013 Paris

Du 17 janvier 2013 au 3 mars 2013

Les mardis, jeudis et samedis à 19h30, mercredi et vendredi à 20h30, dimanche à 15h30.

Prix : de 6 à 24€, duré 2h05 sans entracte

http://www.theatre13.com/saison/spectacle/le-cercle-de-craie-caucasien

Le texte de la pièce paru aux Editions l’Arche en 1997.

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