Robert Crais, Le Dernier Détective
Un produit destiné à l’adaptation cinématographique plutôt qu’un pur sommet du thriller.
Retour attendu, pour les lecteurs de R. Crais, du tandem de choc Elvis Cole / Joe Pike. Cette fois-ci, c’est au plus intime de la vie du détective privé de Los Angeles, Elvis Cole, que nous emmène le récit : Ben, le fils de sa compagne âgé de dix ans, vient en effet d’être kidnappé, quasiment sous ses yeux. Cole, que les ravisseurs accusent d’avoir, entre autres atrocités, tué ses propres camarades de combat quand il était ranger au Viêt Nam, dispose de 54 heures et 12 minutes pour retrouver Ben ; le montant de la rançon a été fixé à cinq millions de dollars…
Sur deux thèmes assez usés, un enlèvement d’enfant et une course contre la montre, Robert Crais (à qui l’on doit notamment L.A Requiem et Un ange sans pitié) parvient à insuffler à sa trame une bonne dose d’adrénaline et de coups de théâtre. Reconnaissons toutefois que l’histoire ne décolle vraiment – et le lecteur avec elle – qu’à partir de la page 185 où le romancier propose en flash back l’action d’éclat de la patrouille 52 (avec Cole) au Viêt Nam. L’ensemble du livre se veut d’ailleurs une mise à plat assez froide et implacable du passé tourmenté de Cole et de son vieux compagnon de baroud Pike. Aux prises, l’un avec son propre passé tout sauf rose, l’autre avec sa relation autiste au monde, les deux amis vont devoir sortir leurs tripes pour sauver l’enfant qui semble, dans ce livre, incarner l’innocence suprême.
Malgré quelques scènes alourdies d’un pathos superflu (les rêves de Cole sur sa mère) et où l’écriture sonne faux (voir la réaction du privé au moment où les kidnappeurs l’accusent d’avoir tué 26 civils pendant la guerre : Diantre, lâchai-je. J’ai dû en rater un pour que ce mec sache tout ça), Crais parvient à alterner judicieusement les passages violents et ceux voués à l’introspection. Si Cole et Pike ressortent grandis de ce scénario, eux les solitaires terrassés par la violence qui les entoure et les rattrape toujours, Le Dernier Détective ressemble moins à un sommet du thriller qu’à un produit destiné à l’adaptation cinématographique.
louis taillandier
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Robert Crais, Le Dernier Détective (traduit de l’américain par Hubert Tézenas), Belfond « Nuits noires », 2004, 416 p. – 19,80 €. |
