Raphaël Majan, Une contre-enquête du commissaire Liberty : « Les Japonais »

Raphaël Majan, Une contre-enquête du commissaire Liberty : « Les Japonais »

Quatrième enquête du célèbre commissaire Wallance, alias Liberty. L’homme qui fait reculer les chiffres de la criminalité à lui tout seul.

Le commissaire Wallance, appelé commissaire Liberty par ses collègues, nous revient dans « Les Japonais », sa quatrième aventure. Ses principes n’ont pas évolué. Pour faire reculer la criminalité, il faut que les truands se sentent menacés. Et pour cela, il n’y a pas trente-six solutions. La police se doit d’être efficace.

Le problème avec les criminels est qu’ils ne veulent pas se faire attraper une fois leur forfait accompli. Trop souvent, aux yeux de Liberty, un crime reste impuni. Donc, il se doit d’agir pour le bien de l’État et de la République. Donc, il commet lui-même des meurtres – rarement rationnels – auxquels il s’empresse de trouver des coupables. Double avantage. Ses taux de réussite augmentent et, d’après lui, les chiffres de l’insécurité se retrouvent en progression inversée. Les hors-la-loi ne se sentent à l’abri nulle part.

Dans cet épisode, le commissaire Liberty se réveille avec une envie toute particulière, il veut tuer un Japonais – ou une Japonaise car il n’est pas sexiste. Encore moins raciste. Il se moque bien qu’il soit de couleur jaune. Il lui faut tuer un Japonais.

Et voilà que toute l’histoire tourne autour du pays du Soleil levant. Tout d’abord avec le film Lost in Translation qu’il accepte de voir en compagnie des Lavraut (lui est le second du commissaire, elle, Martine, la femme du second et aussi la maîtresse – mais pour la bonne cause, celle de solidifier un couple friable ! – de Liberty) et des Colcoche en partance pour le Japon.

Les Colcoche ont échangé leur appartement avec de vrais Japonais, les Tanaka… pour le plus grand malheur de ces derniers. Le commissaire assassine la femme dans une machine à laver et fait arrêter le mari pour meurtre. Seulement, elle n’est pas japonaise mais… coréenne. Et une Coréenne, même mariée à un Japonais, n’est pas japonaise de fait.

Tout est à recommencer et tout se déroule mal. Un sombre énergumène a échangé l’arsenic du commissariat avec du sucre en poudre. Et c’est nettement moins nocif. Il ne reste plus au commissaire qu’à se prendre du Valium pour être plus calme. Et c’est dans sa pharmacie qu’il tombera nez à nez avec une étudiante à qui on a volé ses papiers.

Le commissaire Wallance n’a rien perdu de sa causticité. Ses propos sont acerbes et bien souvent défaitistes. En lui s’opère un détachement de plus en plus grand avec le monde des communs mortels comme le montrent ses carnets dans lesquels ses notes s’égrènent au fil des jours et de ses déconvenues.

La syntaxe, parfois un peu pédante, reste très enlevée, et le récit demeure agréable et prenant. Les cent quatre-vingt-dix-sept pages se lisent d’une traite. Ce volet est bien mieux réussi que « Le Collège du crime« . On attend avec impatience les suivants pour voir si Raphaël Majan a de la ressource ou s’il s’essouffle.

julien védrenne

   
 

Raphaël Majan, Une contre-enquête du commissaire Liberty : « Les Japonais », P.O.L., 2004, 197 p. – 12,00 €.

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