Rafael Bernal, Le Complot mongol
Le Complot mongol est LE roman clé de la littérature noire mexicaine enfin édité en France.
Qu’on ne se trompe pas, Le Complot mongol n’est pas un livre habituel au Serpent à plumes. Alors que chez cet éditeur on s’attend à découvrir de nouveaux et exotiques auteurs contemporains, on a là, avec Rafael Bernal, un auteur aussi culte que phare, déjà passé à la postérité de la littérature policière sud-américaine et plus particulièrement mexicaine.
Le Complot mongol, donc, est un ouvrage que l’on aurait pu trouver chez Rivages. Son préfacier, Paco Ignacio Taibo II, est d’ailleurs édité par cette maison. En guise d’introduction, il nous montre en quoi ce roman, publié en 1969, a été initiatique pour toute une école d’écrivains. Filiberto Garcia est un peu à Rafael Bernal ce que Lew Archer est à Ross McDonald ou Sam Spade à Dashiell Hammett.
Le héros de Rafael Bernal est en tout point digne d’un pur roman hard boiled américain. Comme dans ces romans, Filiberto Garcia est un détective blasé, affichant des idées gauchistes mais n’ayant aucune accointance politique officielle et qui, manipulé de A à Z, va sérieusement s’énerver.
Au centre de cette intrigue d’espionnage rocambolesque : la Mongolie, la Chine, Cuba, les États-Unis et le quartier chinois de la ville. Comme chez Nestor Burma, on croit déceler chez Filiberto un certain racisme. À tort… Certes, Filiberto n’a jamais fait l’amour avec une Chinoise mais justement, il y en a une qui croise souvent sa vie : elle est caissière dans un magasin tenu par un vieux Chinois, et tombe amoureuse de lui. Le problème, c’est que ce macho de Filiberto tombe lui aussi amoureux, mais au plus mauvais moment – celui où le Président des États-Unis doit venir rencontrer le président mexicain.
Un vaste complot aurait été ourdi par la Chine de Mao pour l’assassiner. La Mafia chinoise a reçu des fonds occultes qui auraient transité par la Mongolie. Dans un souci de rapprochement, le KGB a prévenu la CIA et les services secrets mexicains. Trois des meilleurs agents de ces services luttent donc de concert pour découvrir ce qui se trame.
Cette histoire est à la fois trop compliquée et trop simple pour Filiberto. Les macchabées s’amoncellent sur son passage. Les cultures se croisent et s’entrecroisent. Il n’a pas le temps de se reposer et se sent de plus en plus manipulé. La corruption règne au Mexique et Filiberto n’aime pas se retrouver au placard. Bref, l’heure de faire sa propre justice arrive.
Voilà un récit rondement mené dans une belle langue avec des protagonistes attachants qui se baladent dans un Mexique noir de chez noir. Ne pas éditer ce livre aurait vraiment été dommage. À sa lecture, on comprend mieux l’importance qu’il a eue pour Paco Ignacio Taibo II.
julien védrenne
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Rafael Bernal, Le Complot mongol (traduit par Claude Fell), Le Serpent à plumes coll. « Serpent noir » , 2004, 239 p. – 20,90 €. |
