Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » : Adieu les pauvres / Les Copropriétaires
Revoilà le commissaire Liberty, au sommet de sa forme et avec des envies criminelles plus tenaces que jamais !
Le meurtre de proximité, ça éclaircit la vie quotidienne.
Le commissaire Liberty a de longs jours devant lui, n’en déplaise à ses détracteurs et à ses futures victimes. Avec Adieu les pauvres et Les Copropriétaires, ce sont déjà ses treizième et quatorzième aventures qui nous sont proposées. Sa folie meurtrière pour mieux rendre la justice n’est pas assoupie. Pire, l’absurde est toujours plus absurde. Liberty ne prend même plus de gants. Ses erreurs les plus grossières se retournent à son avantage, et s’il existe, dans les quelques rares crimes qu’il ne commet pas, des coupables tout désignés, il s’empresse, victime des charmes du sexe faible, de les anoblir et de partir en chasse d’un innocent et futur coupable. Avec ces deux volets, c’est avant tout à un retour aux sources que nous assistons. Car les victimes de Liberty sont, là, dans son univers proche. On y retrouve ce qui avait procuré tant d’agréments à la lecture de Chez l’oto-rhino. Tout ça confine au jubilatoire. Les aphorismes déjantés affluent, la cacophonie et le désordre qui envahissaient les précédents volumes sont moindres, et ces deux romans s’en trouvent d’autant rehaussés.
S’il donne pour les pauvres gens, c’est avant tout par générosité. Cela dit, Liberty trouve normal de déduire ses dons de ses impôts. Aussi, quand il se rend compte qu’il n’a pas son reçu de l’association « Adieu les pauvres », le commissaire décide de téléphoner afin de pouvoir remplir sa déclaration simplifiée et de bénéficier d’une exonération dont, il le pense lui-même, il n’a pas besoin. Mais c’est avant tout une question d’honneur et de justice. Au téléphone, il se fait rembarrer comme un malpropre, traîner dans la boue par celui qu’il juge être un stagiaire qui profite des deniers de ladite association pour s’en mettre plein les poches. Liberty décide donc de se rendre sur place et de faire d’une pierre deux coups. D’abord, récupérer son reçu, ensuite délivrer l’association d’un fardeau. Et cette noble mission, Liberty, il s’en acquitte avec brio et en deux temps. Le reçu en main, il précipite le bénévole dans une marmite de soupe. Ceci a deux conséquences fâcheuses. Un, son reçu est inutilisable car taché de soupe ; deux, c’est un véritable tollé dans la file des nécessiteux quand, après que certains eurent mangé cette soupe diablement épicée, le mort remonte à la surface, qui plus est sans ses chaussures (alors que d’aucuns, des plus regardants, auraient apprécié cette politesse qui consistait à retirer ses chaussures avant de plonger dans la soupe) !
Heureusement, Liberty n’est pas loin et les criminels n’ont qu’à bien se tenir. Surtout que, bientôt, c’est une équipe au grand complet qui débarque du commissariat. Une équipe qui change d’avis comme de chemise, mais qui, au final, se range toujours du côté de son commissaire. Et Liberty est de plus en plus convaincu qu’il a commis, là, un assassinat caritatif.
S’il est une arme avec laquelle Liberty n’avait jamais opéré, c’est bien un ascenseur. Le commissaire habite un petit appartement dont nul, hormis sa maîtresse Martine, la femme de son subordonné, le fidèle lévrier Lavraut, ne franchit le seuil. Cet appartement, Liberty en est propriétaire. Il est donc normal de le voir assister aux réunions du syndic. Quand on connaît le personnage psychotique, on ne peut qu’être inquiet pour les copropriétaires. Ce faisant, on oublie la cible évidente : le syndic ! Après, tout s’enchaîne. Car les voisins de Liberty sont à l’image de la société. Tous mesquins et odieux. Ainsi l’ascenseur est un vrai problème. D’autant qu’un chien a l’habitude de déféquer dedans. Et puis, Liberty ne le prend jamais. Sauf quand lui vient l’idée de se débarrasser du propriétaire du dernier étage en lui claquant les portes de l’ascenseur au nez… pardon, à la cervelle. Car l’horreur est présente comme toujours avec le commissaire Wallance. On a envie de crier « Engore, engore ! », tellement ça vire au trash tendance ridicule. Et, comme toujours, la cavalerie arrive au bon moment, avec sa horde de vautours. Pêle-mêle : Kevin Rocamadour, Martine, Goux, Mme Liberty senior – que du beau monde, réuni dans un minuscule appartement à deviser sur l’humanité nonobstant les crimes qui se multiplient dans le microcosme du commissaire, mais louant ses talents d’enquêteurs.
julien vedrenne
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Raphaël Majan, « Une contre-enquête du commissaire Liberty » : |



Adieu les pauvres, P.O.L., avril 2007, 208 p. – 12,00 €.