Qiu Xiaolong, Le très corruptible mandarin

Qiu Xiaolong, Le très corruptible mandarin

Le camarade inspecteur-chef Chen, par ailleurs poète, enquête sur les magouilles d’hommes d’affaires…

Qiu Xiaolong est un exilé chinois aux États-Unis. Pour écrire, il a délaissé sa langue natale pour adopter celle de son pays d’accueil. Mais ses racines le poussent à raconter la Chine contemporaine, qui allie communisme et capitalisme, en y ajoutant un brin de Los Angeles.

Avec Le très corruptible mandarin, l’auteur nous plonge au cœur des magouilles à grande échelle qui permettent aux hauts dignitaires du Parti et aux hommes d’affaires toujours plus dominants de s’enrichir rapidement avant de choisir la fuite vers le Paradis occidental. Pour briser cette image, du moins en façade, le Parti sacrifie quelques agneaux aléatoirement. Ainsi, il se donne bonne conscience. Pour cela, il lui faut un glaive. Le camarade inspecteur Chen a l’insigne honneur d’être promu bras vengeur. Chen est un poète qui traîne son spleen depuis le passage éclair d’une inspectrice américaine de Los Angeles au pays de Confucius. La mort du chef de la brigade de Fujian dans les bras d’une fille hystérique va être la cause de son départ précipité Outre-Atlantique à la tête d’une délégation d’écrivains chinois. Car Chen ne se laisse pas intimider et recherche par-dessus tout la vérité. Le Parti qui n’en souhaitait pas tant doit donc l’éloigner. Mais à Los Angeles, Chen retrouvera de nombreuses connaissances et continuera son enquête par le biais de son fidèle lieutenant. Dans la ville des Anges rôde celui de la mort. Et tout porte à croire qu’il s’est trompé de cible. Au milieu de tout ça, la mesquinerie pointe le bout de son nez au sein d’une délégation d’auteurs qui envient à Chen la salle de bain personnelle dont est pourvue sa chambre d’hôtel.

Chen est un inconditionnel de T. S. Eliot, et il se précipitera pour voir la maison où a vécu le grand écrivain américain. Mais Chen, également nourri de Confucius et des poètes de la dynastie des Tang, est le parfait représentant de la difficulté d’être de cette Chine qui demeure à la croisée de son prestigieux passé impérial, des préceptes du communisme et des règles capitalistes. Une Chine que l’on pressent mais qu’on ne peut prétendre vraiment comprendre. Seule une profonde immersion à Shangaï ou Pékin y aiderait. Le très corruptible mandarin, qui est à la Chine ce que Bangkok 8 est à la Thaïlande, décrit avec précision, cruauté et tranquillité la recherche de ce trouble équilibre entre modernité et corruption.

julien védrenne

   
 

Qiu Xiaolong, Le très corruptible mandarin (trad. de l’américain par Françoise Bouillot), Liana Levi, février 2006, 374 p. – 19,00 €.

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