Poing de vue
(sans et pour personne)
Je rêve du film qui ne raconte pas d’histoire et qui n’a rien à dire. La scène finale ramène à la scène liminaire ne prévoyant de rien. Au milieu, le film passe, il a lieu. Il est juste là. Sortant de la fausse alternative entre fiction nécessairement mensongère et documentaire forcément vrai, ses images saturent l’écran. Mais il se refuse.
Spectateurs ravis dans notre propre solitude, les personnages ne cherchent pas à nous tendre la main en un monde dont tout s’est absenté. Les personnages sont dans leur bulle imperméable et rétive aux éléments extérieurs et intérieurs Le film se refuse au monde pour mieux montrer son vertige et il renverse l’imagination dans une succession d’images en absence de sens et de non-sens sans jamais prendre parti entre les deux. Arbitraire, il me permet de savourer le temps sans actions, sans propos. Il n’attend rien et sa relation au spectateur. Il effectue par prises la déprise. C’est le film idéal du rien. Pour le mettre en mouvement.
jean-paul gavard-perret
Photo : Pouyandey