Pinok et Barbie

Pinok et Barbie

Ecrite en hommage à Carlo Collodi, cette pièce pour enfants prône un humanisme basé sur l’équilibre et la diversité.


Écrite en hommage à Carlo Collodi, cette pièce de théâtre pour jeune public est une parabole du voyage qu’est notre vie. Par une approche faite d’humour, de tendresse, mais aussi d’ironie, Jean-Claude Grumberg touche à des thèmes aussi sensibles que l’intolérance, la misère, les inégalités Nord-Sud, et prône un humanisme fondé sur l’équilibre et la diversité. Bien sûr, un premier niveau de lecture sera jubilatoire pour les enfants. Ils y percevront la révolte de Pinok auquel ils pourront s’identifier par leur vitalité verbale. Ils y reconnaîtront le goût pour l’insolence, pour la provocation, pour la chaleur et l’affection aussi. Tout ce qui les fait enfants, pour qui les chutes, les bousculades, les cabrioles, les mots gros comme des maisons font partie de la pensée du corps que la société n’a pas encore matée.
 

Si Pinok est Pinocchio et Barbie cette poupée féerique qui fait rêver, on est loin cependant des stéréotypes du genre : Grumberg les dépasse en jouant avec, en se jouant de la difficulté de dire en n’étant pas sérieux. Le comique propulse au-delà du rire, par des éclats qui laisseront quelque trace sur la peau interne des enfants. Rien n’est appuyé, tout est flexible, et c’est bien pourquoi ça passe par la pupille, par le tympan – avec cette impression de simplicité qui n’est pas si facile, ni si limpide que ça. Il y a une vélocité de la parole, une espèce d’urgence dans la réplique, un bondissement dans le corps du jeu. Actif, voilà le terme qui convient : acte, acteur, actuel. Activateur de sens. C’est bien le théâtre. Celui qui capte, tout en donnant. 

Et l’histoire ? me direz-vous. C’est essentiellement celle du partage – des richesses, des attentes, des déconvenues, de l’expérience humaine : des jouets offerts par les enfants doivent être envoyés dans le pays de ceux qui n’ont rien ; Puce choisit de se séparer de ses deux favoris, Pinok et Barbie ; après un voyage déplaisant le petit Pinocchio et la poupée arrivent au pays de Trois Fois Rien ; là, déboires et désillusions continuent ; Barbie, la fée-poupée, transforme Pinok en petit garçon ; tous deux sont enrôlés comme enfants-soldats qui se battent, soit pour la Démocratie, soit pour la Rébellion ; quant à la fin, elle est quasi conventionnelle, puisque Puce et Pinok se marièrent, eurent de nombreux enfants, puis… divorcèrent. Une histoire en porte-à-faux, donc. À moins que ce ne soit la réalité qui claudique dans un monde où des enfants sont rois et d’autres, soldats. Un monde où certains sont plus égaux que d’autres. Faut-il en rire, ou en pleurer – de ce théâtre humain ? Enfants, petits ou grands, allez-y voir ! Et vous verrez…
Daniel Leduc
 
Jean-Claude Grumberg (avec des illustrations de Lionel Le Néouanic), Pinok et Barbie, Actes Sud « Papiers », 2004, 64 p. – 7,50 €.

 

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