Francesca, La Trahison des Borgia

Francesca, La Trahison des Borgia

Une époque – révolue (sic) – où le crime payait.

Suite de Francesca, Empoisonneuse à la cour des Borgia, déjà recensé dans ces pages, La Trahison des Borgia remet en scène l’empoisonneuse fictive, Francesca Giordano, un an après l’élection controversée de Rodrigo Borgia au Saint Siège.
Nous sommes donc à l’été 1493, et le règne d’Alexandre VI est menacé de toutes parts : la plupart des cardinaux le haïssent et rêvent de lui souffler sa place, della Rovere en tête de la fronde ; Savonarole et les fanatiques d’Il Frateschi qui ne lui pardonnent pas d’avoir évité l’élimination des Juifs ; les rois et reines d’Espagne, de Naples ou de France lui font un impitoyable chantage pour obtenir le compromis qui renforcera le plus leur royaume. Pour couronner le tout, pire ennemi de Francesca et assassin de son père qu’elle n’a pu venger dans le tome précédent, le prêtre fou Morozzi réapparaît.

Nous sommes en 1493, les rumeurs concernant l’incroyable voyage aux Indes vont bon train et les cartes du monde selon Christophe Colomb sont commentées sous le manteau. À Rome, Francesca a acquis un certain pouvoir, en même temps qu’une solide réputation de strega – sorcière – et un minimum d’indépendance. Partagée entre son amour inavoué pour le verrier Rocco et sa passion pour l’aîné des Borgia, Cesar, elle lutte encore et toujours contre de terribles cauchemars, ses « ténèbres ». Pour s’en échapper, elle participe activement au développement secret de Lux, seul point lumineux de cette société grevée par la cupidité, le fanatisme, la violence et les luttes de pouvoir.

 

Si cet opus est une suite, le lecteur non averti ne sera pas perdu. Si Francesca, narratrice de l’histoire, revient de temps à autre sur les événements de l’année passée, l’auteure prend garde de donner suffisamment d’explications pour ne léser personne, sans toutefois alourdir inutilement son récit. Plus intéressant et sans doute plus fluide, ce volet pêche moins par ses interminables digressions que le précédent. Plus personnel, perlé d’amour et de sexe, moins enlisé dans les arcanes du pouvoir – sans pour autant les négliger – le récit est plus vif, les rebondissements plus nombreux, du moins sur la majeure partie du livre. La fin, malheureusement, s’enlise quelque peu, et le dénouement – ou plutôt le non-dénouement – laisse le lecteur partiellement sur sa faim.
À trop vouloir se ménager une porte de sortie, passage évident vers une suite attendue, Sara Poole en néglige le plaisir de son lecteur. Quant au personnage principal, Francesca, on peine toujours à la trouver aimable, et ce sont encore les personnages secondaires qui emportent la sympathie et donnent envie de les retrouver. Au final, La Trahison des Borgia flotte un peu entre deux styles, sans qu’on puisse le catégoriser clairement : trop complexe et trop lent pour les lecteurs en quête d’aventure et d’action pures, il n’a pas non plus la profondeur d’une œuvre littéraire.

Agathe de Lastyns

Sara Poole, Francesca, La Trahison des Borgia, traduit de l’anglais (États-Unis) par Patricia Barbe-Girault, coll. « Pôle Roman », MA Éditions, avril 2012, 418 p. – 20,00 €

 

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