Pierre Grosser, 1989. L’année où le monde a basculé

Pierre Grosser, 1989. L’année où le monde a basculé

1989, l’avant et l’après

Rappeler que l’année 1989 constitue un tournant de l’histoire relève du lieu commun. On a tous devant les yeux les images de la chute du mur de Berlin, lors d’une nuit comme rarement l’histoire en connaît. Toutefois, derrière cet événement majeur, se cachent d’autres bouleversements, moins connus mais tout aussi importants pour la décennie des années 1990.
C
’est donc avec intérêt que sera lu le livre de Pierre Grosser. Extrêmement dense, il contient une masse d’informations impressionnantes. La lecture n’en pas toujours aisée, loin de là. Mais on dispose d’un instrument de travail très utile, puisque toutes les régions du monde sont couvertes, ainsi que des domaines aussi divers que l’économie, l’environnement, la santé, etc.

L’année 1989, on le sait, connaît une succession d’évènements soigneusement répertoriés et analysés par Pierre Grosser : la chute du Mur et des démocraties populaires de l’Est, la crise du régime chinois avec Tian’anmen, l’évacuation de l’Afghanistan et du Cambodge, la poussée de la mondialisation capitaliste, les accords de Taëf et la fin de la guerre civile au Liban, le retournement américain à l’égard de l’Iran, la mort de Khomeiny, les cérémonies nationalistes en Serbie du 28 juin et les premiers craquements de la fédération yougoslave. On pourrait multiplier les exemples. Chacun d’entre eux est étudié avec minutie, à l’aide d’une bibliographie impressionnante, surtout anglo-saxonne.
P
ierre Grosser, toutefois, ne se focalise pas sur l’année 1989. Il construit l’ensemble de ses analyses sur le long terme, en amont comme en aval. En effet, il décortique avec rigueur les années précédentes afin de bien faire comprendre le mécanisme qui conduit à la rupture de 1989, puis il éclaire ses conséquences pour la décennie suivante. Car, 1989, à ses yeux, ne doit pas seulement être perçue comme une fin, comme le terme d’un cycle historique, mais aussi comme l’année pendant laquelle s’est façonné le « monde d’après », le nôtre.

Certaines analyses ne suscitent pas toujours l’adhésion, notamment quand l’auteur parle de la Guerre froide comme de la « troisième guerre mondiale ». Et on le suivra encore moins dans son sévère portrait de Ronald Reagan accusé d’avoir « retardé la fin de la guerre froide » qui se serait achevée « non pas grâce à la politique agressive des Etats-Unis mais malgré cette politique ». Quant à Gorbatchev, méritent-il les louanges qui lui sont adressées, même atténuées par des analyses critiques ?
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989 reste une année charnière. Oui, le monde a bel et bien basculé. Mais l’année 1979 ne constitue-t-elle pas elle-aussi un tournant, préparant les bouleversements futurs ? Finalement, l’ouvrage, que tout professeur ou chercheur se félicitera de posséder dans sa bibliothèque, renvoie à une interrogation majeure : l’histoire peut-elle être perçue comme une succession de cycles ? ou comme une avancée, notamment vers la diffusion de la démocratie, comme 1989 le laisserait penser ?
Le recul fait, encore et toujours, pencher la balance vers la première hypothèse.

f. le moal

   
 

Pierre Grosser, 1989. L’année où le monde a basculé, Paris, Perrin, 2009, 605 p. – 25,50 €.

 
     
 

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