Pierre-Alain Tâche, Une réponse sans fin tentée
Chaque avancée tentée par un artiste digne de ce nom permet de faire reculer les apparences comme celle du vrai poète parvient à casser le silence. P-A Tâche en est un et il propose ici à travers « ses » peintres de chevet d’illustrer ce que l’art peut faire : à savoir détruire l’ordre des idéologies qui imposent les grilles de lecture du monde dans leur mise en images. C’est pourquoi l’expérience esthétique est plus complexe qu’il n’y paraît tant pour le créateur que pour le regardeur. L’effort d’affranchissement des ténèbres est le fruit d’un lent et long travail d’imagination, d’intelligence mais aussi de « bêtise » (Novarina) : celle qui perturbe la loi de la raison – elle aussi dépendante d’une culture et d’un temps.
L’œuvre capable de passer de l’arbre à la ramure, de la ramure à l’air et de l’air à la transparence engendre « un progrès contre l’intégrité retrouvée » écrit Tâche citant Celan. Elle « déconstruit » (comme on dit maintenant) afin de recomposer le réel sans refuser la confrontation avec lui. C’est donc par la « blessure » qu’éprouve tout artiste et à travers sa propre tradition qu’un créateur trouve parfois « le pouvoir de guérir de la cécité » comme le poète créateur « soigne du silence ».
Ce que l’auteur résume par la belle formule : « la taie disparaît, la bouche ose ». Les expériences aussi diverses que celles de Miklos Bokor, Patinir, Poussin, Memling, Soulage, Rothko et bien d’autres permettent de voir ce qui jusque là ne nous était pas donné de voir. A la rencontre du visible invisible, l’artiste invente de nouveaux rapports, réveille l’espace – parfois à travers une errance (celle d’un Hollan, Garache par exemple) : la visibilité inédite est à ce prix.
jean-paul gavard-perret
Pierre-Alain Tâche, Une réponse sans fin tentée, L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 2015, 172 p. -20,00 €.