Philippe Thireau, Suites au désert 

Philippe Thireau, Suites au désert 

Philippe Thireau propose  des suites, dans un « désert » synonyme de retraite, solitude, dépouillement et lieu de l’ermite avide de méditation mais aussi de « rafraîchissement ». Lili à l’os, première partie de Suites au désert, entraîne,  de Belleville au désert et conte l’histoire de cette belle native de Miliana en Algérie et d’Ahmed son protecteur, pour se terminer dans les bras d’Isabelle Eberhardt morte et enlisée dans les sables.
L’auteur, franchissant l’espace d’un trait pour les rejoindre, retrouve Lili la berbère qui chante pour les hommes perdus dans les bas-fonds de Paris. Elle traverse les histoires racontées dans les romans, fait des rencontres bouleversantes. Ainsi, Isabelle Éberhardt et François Augiéras croisent son chemin. Et d’autres encore. 

Issu de divers passés, ce livre devient celui  des heures riches qui pénètrent le corps et celui de l’écrit du « conte » issu de l’auteur ou du copiste – grâce à son droit au chapitre.  Celui-ci reste un biais dans la passion d’évoquer le fond de la vie – comme il y a un fond de tableau : celui d’un Paris des dépossédés et des prostituées, le tout nimbé dans un réalisme populo et magique du coté de Belleville.
La femme y fait son nid – comme dans ce beau livre. Au besoin, elle étend ses cuisses sur « les cimetières de sable » et aussi « enferment les rêves / cardés des mers déshabillées / échouées dans le sec » (et donc pourquoi pas ? sur une table d’un café). Les hommes sont (aussi et de plus) médusés par ses yeux gris-bleu.

De quoi donner de l’éternité dans le statique. A la même table, l’auteur la suit dans un bar comme sur le sable où ses personnages s’engloutissent. Le livre pousse sur la crête usée des cailloux du grand Sahara ; dans l’infini d’un plafond ; au lieu-dit Désert dans le Périgord. Il devient le chant de la vie esquintée, retrouvée, et symphonique – surtout.

Philippe Thireau, Suites au désert, éditions Tinbad, 2026, 103 p. – 15,00 €.

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