Philippe Thireau, Majesté du point de vue
Un bal chez temps pour elles
Cette pièce de théâtre reste la recherche d’une définition de l’amour ». Elle débute par la quête d’un bal des pompiers qu’un mari mène pour sa femme : « nous entrâmes sans que nous n’y prenions garde dans un no man’s land écrasé de chaleur (d’ailleurs, elle grimpe encore, c’est insensé) et c’est alors qu’Odette, péremptoire et ôtant son chemisier, a dit dans un silence total : « J’ai très envie d’aller au bal des pompiers. ». Mais les pompiers eux-mêmes ignorent-ils l’existence d’un tel bal ? Ou bien cachent-ils aux personnages investissant la scène que l’incendie fait rage sans que ceux-ci ne s’en rendent compte, bien qu’ils en soient eux-mêmes le foyer ?
C’est bien dans cet incendie et ses braises que Philippe Thireau invente un monde dantesque au sein d’une immonde cité et par extension du monde. Mais l’amour reste la dominante. Un pompier s’écrie :« Regardez la ville ! N’est-ce pas le chaudron (…) le lieu des pertes. Faut-il que nous allions tremper nos cuillères dans cette soupe ? » Mais pour toute femme la ville est splendide. Et Bellette de préciser : « ! Mille feux la réjouissent. Je sens qu’elle monte, qu’elle monte et enlace mes jambes. Emmenez-moi, la savane flambe derrière nous, emmenez-moi. Comment disiez-vous tout à l’heure à propos de la beauté des femmes ? Ah ! oui, je me souviens… Venez, pompier de mon cœur, admirer avec moi la majesté du point de vue ». Mais l’héroïne de cette pièce est un brûlot aussi admiratrice qu’admirable, hôtesse que drôlesse où les vertus ascensionnelles sont celles des sexes montés sur rubis. Là où, in utero, chacune se nourrit de lances décentes dites et s’occupe de leur balistique.
Qu’importe si tout le monde disparaît dans la ville. Il s’agit de voir ce que d’autres contemplent car chacun des personnages évolue dans son brasier invisible et ardent en lui-même. Tout est bon pour l’amour tant les sens surgissent et ce, à grandes pompes – si l’on peut dire. Dans une telle pièce, les mots sont des corps et les corps des mots en ces attaques voire batailles ou victoires. Bref la ville est en siège. L’amour aussi. Tel est le fatum puisque, à la manière de Néron, l’amour incinère. A lui seul, c’est un spectacle pour un tel un bain de siège en vision panoramique où chacun trouve là un don d’ubiquité dans le regard sur la cité et sur des jarretelles léchées par les lions pompiers qui saisissent même les poils de l’épousée et dont le sucre de l’amour devient caramel.
jean-paul gavard-perret
Philippe Thireau, Majesté du point de vue, Editions Douro, 2025, 64 p. – 15,00 €.