Pierric Bailly, La foudre

Pierric Bailly, La foudre

Julien, la quarantaine, est berger dans le Haut-Jura. Solitaire, il n’est bien qu’avec son troupeau. Héloïse, son amie, enseignante à Saint-Claude, a demandé sa mutation pour La Réunion. Mais, la perspective de quitter la vallée, l’esquive, le chagrine.
Pour allumer le poêle dans le chalet d’où il surveille son troupeau, il vient avec un tas de Progrès. Le soir, il en parcoure un, au hasard. L’homonymie dans un article l’amuse, celui qui relate le crime d’Alexandre Perrin, dans les environs de Lyon. Ce dernier a tué quelqu’un à coups de planche. Quelques jours plus tard, il utilise le téléphone d’Héloïse, tape le nom et prend la claque de sa vie. Cet Alexandre était son meilleur ami lorsqu’ils étaient au Lycée, un garçon au caractère sensible. Qu’a-t-il pu arriver à l’adolescent qu’il a toujours admiré pour en arriver à tuer ?
Commence alors pour Julien un parcours qui va le mener vers un retour dans la société, vers des sentiments encore ignorés, vers des situations qu’il n’aurait jamais imaginé vivre…

Le narrateur est également le personnage principal, un garçon qui a vécu une jeunesse normale, fréquentant des amies à qui il va s’attacher plus ou moins, avoir des aventures, des liaisons plus ou moins approfondies. Il se raconte, il relate ces années et l’importance qu’elles avaient. Il détaille sa vie avec son grand-père Jean, appelé John car à son travail, il y avait trois Jean. Il fallait les différencier. Il devient le petit John.
La découverte du meurtre dont son ami est accusé va l’amener à reprendre contact avec Nadia, qu’il a connue lors de ses années d’études et qui s’est marié avec Alexandre. Il va alors se rapprocher d’elle, avec des sentiments de compassion face au drame qu’elle doit vivre, elle et ses deux enfants.

Le romancier anime une belle galerie de personnages autour de son héros, analysant avec soin les caractères, le tempérament, la psychologie de chacun. Il fait raconter par Julien, entremêlant le présent, le passé, les émotions qu’il ressent, celles qu’il pressent chez ses proches, chez ses interlocuteurs. Il exprime leurs sentiments, leurs doutes, la détresse face à des actes incompréhensibles, l’attente des uns et des autres, les douleurs sentimentales. Il expose l’espoir que porte Julien à chaque rencontre, la passion amoureuse, mais aussi celle pour son métier, pour le cadre où il vit, où il s’épanouit.

Si les personnages sont importants, le décor est décrit de façon majestueuse. On ressent le froid, le chaud, les odeurs des bêtes, les parfums, l’attachement que le héros porte aux animaux dont il a la charge.
Ce livre doit s’aborder sans impatience. Il faut se laisser guider par le déroulement du récit, ne pas vouloir aller trop vite dans la lecture bien que la tentation soit grande, mais prendre le temps de déguster cette histoire passionnante qui se déroule selon un rythme proche de celui de la nature, de la montagne.

Pierric Bailly, La foudre, Folio n° 7524, mai 2025, 432 p. – 9,50 €.

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