Philippe Pichon, Regards
Paysages et visions
En sept cahiers que les illustrations de Cauda rehaussent, les poèmes de Pichon s’inscrivent dans son interprétation du paysage où se dit subrepticement une sorte d’enquête en filigrane sur le regard. Preuve que ce livre répond à la phrase de Henri Frédéric Amiel : « Un paysage est un état d’esprit ». L’objectif de Pichon et de Cauda n’est pas de représenter mais de fournir un regard affûté. Loin de tout maniérisme, les deux deviennent des inter-prêtres en une sorte de Cézanne.
Ici, le regard n’a pas besoin d’autre lieu que celui de l’image elle-même et des mots qui la créent. C’est là à la fois un moyen de témoigner de ce qui est mais aussi de s’émanciper de la nature. La force de la poésie et des dessins tient ici à leur qualité de surface et de « matière ». Il y a là à la fois le génie du lieu pour Pichon et la hantise du non-lieu chez Cauda. Ou si l’on préfère, une sorte de pouvoir : à savoir, transférer du perçu dans un contexte historique donné. S’y éprouve un mouvement au sein de la fixité. Les mots proposent une autre mise en scène de ce qui est et de ses voltiges d’ombre comme ses nuages de fer compris.
Au cœur des saisons, les arbres détiennent encore l’été si le ciel est assez bleu, et l’herbe est assez verte. Mais, pour Pichon, « L’avenir semble se perdre en d’autres lieux et le passé coule si profondément ». D’où une suite de sensations parfois surréalistes même si les paysages – « tamis ou tavernes de la mémoire, le corps accoudé aux comptoirs du réel, comme un buveur » proposent des voyages en dehors de ce que les deux créateurs sont parfois, et sans autres limites que ce blanc, et qui sont emporté par des lumières et toujours plus loin que dans les racines du réel.
jean-paul gavard-perret
Philippe Pichon, Regards, illustrations de Jacques Cauda, Editions Pourquoi viens-tu si tard ?, Nice, 2025, 130 p.