Christine Jeanney, Bien assise
Au commencement la répétition
En matière d’histoires de concierges – grandes ou petites –, Christine Jeanney tisse des aventures désopilantes et affreuses dont le fauteuil (il revient plus loin) trône (héroïne comprise) dans le superbe texte d’ouverture de ce livre. Les autres, plus courtes, gardent tout autant de sel. L’auteures domine totalement les registres de langue.
Tout ici est en répétitions (enfin presque) et surtout variations. Et ce, en un problème de perception et surtout de point de vue construit autant sur la peur du doute que sur des structures mentales et culturelles. La vérité peut être une suite d’illusions. Mais elles ne sont pas toutes fausses dans cette histoire de famille….
Autour de ces fluctuations et de leurs floculations hasardeuses et après avoir commis quelques répétitions sur ce thème, l’auteure construit toujours un espace intime – parfois plus ou moins dans l’évocation de « salons » très particuliers. Et la narratrice n’y va pas de mots morts.
Emane de l’ensemble une déconstruction des images et de leurs propositions. Le monde se transforme en fiction et la fiction en réalité selon une fréquence de plus en plus rapide (du plus long au plus court) dans un labyrinthe de circuits qui comprime temps et espace. Le narratrice les éclaire à sa manière. Elle donne l’occasion, dans sa propension critique, à bien des représentations de sa prétendue psyché.
De tels textes répondent au refus de rester dans un fauteuil comme dans la nuit de l’être, quitte pour l’auteure à jouer sous la lune au théâtre des ombres. Ses textes sont le contraire de ce que Lacan nomma des « re-pères mélancoliques », garants de la répétition de la loi de sa lignée en une interprétation.
Miroirs plus qu’étranges près, entre autres, d’une grand-mère douteuse, presque incestueuses voire vierge folle, Christine Jeanney ne cherche pas à donner un confort quoique bien placé dans une « bien assise ». Elle nous embrasse de ses accoudoirs et de visions quasi psychotiques des êtres et des choses. C’est un régal de lecture.
jean-paul gavard-perret
Christine Jeanney, Bien assise, Editions Tarmac, Nancy, 2025, 64 p. – 18,00 €.