Phèdre (Racine / Mathieu Cruciani) 

Phèdre (Racine / Mathieu Cruciani) 

Hippolyte bande son arc, annonce qu’il part à la recherche de son père. Le théâtre est une prise de risque. Il tire au risque de l’erreur, devant la salle, trois fois. De ces coups, qui sont les cibles ? Phèdre ? Hyppolyte ? Le spectateur ? L’héroïne annonce à Oenone son amour condamnable pour le fils de son mari. La passion inopinée, injustifiée, impérieuse, heurte de front le devoir d’une épouse, d’une mère, d’une reine. Des corps tendus répondent aux traits qui ont ouvert les débats, pour organiser la scène en tribunal impossible.  
Bien sûr les personnages s’approprient les forces qui les régissent. Mais ils incarnent des tendances qui ne s’expriment pas en actes ; il ne se passe rien avant la résolution finale. L’ardeur passionnée comme l’honneur sont des virtualités agissantes, procédant de conflits d’intentions, de représentations. 

Le propos est présenté comme une intrigue solennelle, mettant les personnes aux prises avec des mouvements telluriques. Mathieu Cruciani fait travailler les corps en résonance avec le texte, en transgressant savamment les normes du théâtre classique. Il crée le complot d’Hippolyte et d’Aricie comme la voix, certes finalement étouffée, d’une évasion. S’évader du tragique, trouver l’alternative ; affirmer ces deux rôles comme porteurs de vie et d’espoir. 

Le plateau est un espace travaillé, structuré par des séparations amovibles, qui redessinent les aires par un jeu pertinent de voiles ; Phèdre est aussi la tragédie du dévoilement. La séduction des horizons est bien entendu illusoire : la scène est donnée dans son ambivalence comme ouverte par une fausse perspective. Dans ce débattement de vents et de marées, il faudrait dresser des chevaux pour leur apprendre la liberté. Théramène éploré vient finalement dire l’horreur, non pas celle des dieux mais celle d’un héros dans la mort. C’est qu’en effet Hippolyte meurt vainqueur, mais perdu par le nom du père, tué par les chevaux qu’il s’était promis de dompter.

La troupe efficace nous donne à suivre, à connaître et à repenser une Phèdre disponible pour nos investigations. 

Avec Lina Alsayed, Jade Emmanuel, Ambre Febvre, Zakariya Gouram, Maurin Ollès, Philippe Smith, Hélène Viviès. 

Scénographie Nicolas Marie ; lumière Kelig Le Bars ; musique Carla Pallone ; costumes Pauline Kieffer ; assistanat à la mise en scène Jules Cibrario ; régie générale et plateau Manuel Bertrand ; construction du décor Éclectik Scéno. 

Au Théâtre Gérard Philippe, Théâtre Gérard Philipe, centre dramatique national de Saint-Denis, 59 boulevard Jules Guesdes 93200 Saint-Denis, du 29 janvier au 9 février 2025, Salle Delphine Seyrig, du lundi au vendredi à 19h30, samedi à 17h, dimanche à 15h, relâche le mardi, durée 2h10. Spectacle conseillé à partir de 14 ans. 

Production Comédie de Colmar – CDN Grand Est Alsace. 
Coproduction MC2: Maison de la Culture de Grenoble – scène nationale. 
Avec le soutien du Fonds d’Insertion pour Jeunes Comédiens et Comédiennes de l’ESAD – PSPBB ; de L’École de la Comédie de Saint-Étienne / DIÈSE# Auvergne-Rhône-Alpes. 

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