Paul Sanda, Dix-sept Psaumes de Proue de Joues & de Beauté

Paul Sanda, Dix-sept Psaumes de Proue de Joues & de Beauté

La forme primitive de la vie

Une nouvelle fois Sanda – dernier ou premier des Surréalistes – surprend. Inspiré ici par Laure Carion, il se plie aux exigences d’un amour courtois (à sa manière) selon 17 psaumes des plus libres et païens. Le poète n’y a plus toute sa tête car elle est à l’intérieur de son corps : à savoir en sa chair. Celle-ci donne à la première tous ses mots, leurs émotions. Sanda en reste l’acteur, le captif mais aussi le ravi de la crèche par la femme qui le relie au monde. Grâce à elle, il s’agite non dans le vide mais dans le plein. S’il l’eût fallu, il se serait contenté de moins. Mais par l’amour il à le loisir de sortir du moindre.
Si bien que, parlant d’elle, ce n’est pas une simple idée qui habille sa tête. Et il ne lui viendrait plus des plaisanteries de derrière les fagots. Pourtant, la matière du cerveau ne serait-elle pas tout compte fait du bois flotté, du bois caressé qui fait passer de sa couleur « terra d’ombra » à une autre clarté ? C’est fort probable et le poète l’assume. La tête n’est plus le musée pour abriter le monde des Idées. Tout y reste dans le dur qui expose le poète au mélange des genres :
« Ô toi ma femme
Ta femme ».

Dans un tel mélange, le nœud dramaturgique de l’amour n’est pas un ficelage : il devient figure de proue. Deux « bois » s’y joignent, grincent pour disloquer la mer et souquer ferme sur l’amer. Ces deux bois se « voyagent » donc de concert en abrupt et piqué. Ils ne se déplacent jamais sans leurs filaments ligneux mais font mieux que surnager au sein d’une écriture en lumière brodée d’écume et de copeaux. A travers eux, le poète revient à la forme primitive de la vie. Celle qui surgit comme chez Botticelli de la mer mais qui prend chair dans les poutres qui se frottent à l’envers, à l’endroit. Elles font que paradoxalement l’homme ne reste pas de bois.
Avec sa muse, il s’enfonce dans les secrets intimes des abysses. Dans la virtuosité de la langue, les corps se touchent, se prennent, se pressent, glissent non sur l’idée de l’amour mais dans le bois de sa proue. Tout reste possible quand le soleil s’y dresse.

jean-paul gavard-perret

Paul Sanda, Dix-sept Psaumes de Proue de Joues & de Beauté, photos de Laure Carion, (trilingue français, anglais, russe), Editions Rafael de Surtis, Cordes sur Ciel, 2013, 50 p. – 17,00 €.

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