Paul de Brancion, Extrême Limite – trois bonjours Un au-revoir
Comme les Nymphéas de Monet, la poésie de Paul de Brancion ouvre l’incertitude, le flou qui renvoient au flottement du regardeur incapable de « dézoomer » son souvenir de l’œuvre de ce qui se passe. La violence devient plus directe politiquement ou numériquement. « pour vivre tu peux aussi / attendre dans le noir sans bouger », mais pour une telle hystérisation à l’envers, se dressent ici des stratégies ou d’activités pour que « le réel respire encore ».
L’auteur ne se contente pas d’en prendre les photos et il s’agace souverainement,. devant l’état des choses, devant le monde qui a besoin, face aux écrans qui le remplacent, de sourires imbéciles comme il en existait devant les Nymphéas …
Sa poésie adoucit moins les mœurs que les catastrophes engendrant des disparitions anonymes et intimes. Mais après tout, pour un tel auteur, le réel dans sa violence la plus absurde comporte toujours, en-deçà, une dimension tragi-comique. Pour lui-même, si tout doit disparaître, la poésie tient le coup. Elle propose ici des clés pour une liberté par-delà les frontières : le vers existe encore, bien sûr, vers libre instauré il y a plus d’un siècle par Mallarmé, dont les conséquences sont encore tangibles aujourd’hui.
L’auteur le coupe où il veut, cadrer ou décadrer le texte sur une surface somme toute traditionnelle, format d’une feuille A4 pliée, que ce soit pour aborder des questions métaphysiques ou tout autre champ de réflexion. Sont interrogés, avec une fausse naïveté, non l’impossibilité technique de l’Immaculée Conception, mais le cocuage de sociétés voire leur viol même s’il est difficile de savoir ce qui, dans la Palestine du 1er siècle avant Jésus-Christ, société fort patriarcale, a pu se produire.
Sont également abordées des questions de société rarement présentes dans la poésie contemporaine. Un tel expressionniste enrage dans la déchirure de nos espace. Peut-être sans vraiment y parvenir, il tente d’ouvrir un espace dont il devient un pionnier sans se contenter de s’extasier des limailles de ce qui reste : des scories.
jean-paul gavard-perret
Paul de Brancion, Extrême Limite – trois bonjours Un au-revoir, Atelier Vincent Rougier, coll. Ficelle n°157, 2024, Soligny la Trappe, 2024, non paginé – 1300€.
