Par ici la sotie
(Quels locaux motivent ?)
Abandonnant leurs oripeaux de la raison, ils sautent comme à la corde par dessus leurs émotions en un temps fort, aboli de toutes les contraintes. Chacune ou chacun est permissionnaire de l’autre. Ils n’ont pas hésité à arracher et jeter à terre leurs derniers vêtements à voix basse, dans la nuit concave. Ils se sont donné à eux, aventureux, dépourvus de frontière.
Nul ne vit leurs premières flambées ni leur autel où fut célébré l’éclair fécond qui les porta jusqu’au seuil de l’aube. L’un s’encastra comme un mulet dans la croupe de l’autre, pharaonne des fondations amoureuses en l’espace d’un battement de cœur, d’une journée vécue pour envahir corps et esprit jusqu’à la montée de la lune et d’un glissement de terrain emporté par leurs caresses et leur conte.
Cette violation et recréation semèrent doute et peur avant que la confiance et l’espoir devinrent aussi urgents que troublants. Revenant à la raison, ils révèleraient leurs vraies nature. Mais le voudront-ils, et quand ? Pour l’instant, ils sont comme ils sont, amants sombres et résolus, au bord de l’eau dans l’aube rouge sang.
jean-paul gavard-perret
photo : Sergio Larrain
