Paloma Hermina Hidalgo, Féerie, ma perte

Paloma Hermina Hidalgo, Féerie, ma perte

Ce livre est un texte troublant entre autosatisfaction et répulsion. Certes, c’est au nom de sa Jocaste terrorisante que tout se passe. Néanmoins, l’écriture mange l’histoire autobiographique elle-même. Victime et golem s’y répondent en écho et miroir. Dans un mixage de profanation et de ré-enchantement de ce qui fut subi. Une mère à la fois fascinée et toute-puissante pèse sur sa fille, s’y projette jusqu’au moment où son enfant devient son clone, sa marionnette : l’une et l’autre se jouent et jouent inconsciemment « la dialectique de l’engendrement et de la disparition » dit l’auteure de Féerie, ma perte.

Dans ce livre, Paloma Hermina Hidalgo sous emprise et blessée se retourne en un sortilège. Poupée, objet d’adoration, de manipulation, de silence elle a, dit-elle, « traversé l’orphelinisme réel et symbolique, l’inceste et ses reflets diffractés ». Et ce, tout en jouant de gré et force son statut d’objet dont elle a conscience. La mère incarne une volonté de création qui a sa propre fracture ontologique, sa propre impossibilité d’atteindre la perfection qu’elle aspire à manifester. Elle est la stratège et la victime – mais sa fille tout autant – de son propre monde. Celle-ci devient le reflet ratée de qui elle rêvait d’être. D’où ce transfert et l’ambivalence entre toute-puissance et limitation, élan de vie et le vide de l’existence Mais sa fille et amante se retrouve prise dans un même piège offert en héritage – plus ou moins pervers.

L’auteure créée pour réparer une absence, un manque, un deuil. Elle se retourne vers sa créatrice – et c’est le désastre et la fascination parfois en osant l’obscène et poésie convulsive. Elle veut s’emparer du « château » de celle qui l’a enfumée dans un théâtre de la douleur, de l’érotisme, du grotesque dans l’espoir de retrouver un espace maîtrisable contre son enfance qui l’a tuée. Certes, ce roman dit ne rien cautériser. Et s’il n’y a pas d’ouverture, le livre reste habité de l’inachevé, « insuffisamment humaine, suffisamment déformée pour que le vrai y puisse apparaître » écrit l’auteure en ce jeu de la créatrice et de sa créature.

Reste pour l’auteure dans son écriture, dans l’expérience maniaco-dépressive de ses dérives psychotiques, ce qui s’inscrit à défaut de réparation : un excès, une prolifération comme une matière vivante mais saturée de liens. La langue veut se montrer comme inadéquate, non stable, fermée mais ici le silence trouve des mots pour le dire en une béance qui avance à tâtons au sein d’une fracture. Pour ne pas l’oublier dans cette langue qui se détraque, même si cet outil est ici maîtrisé à dessein.

jean-paul gavard-perret

Paloma Hermina Hidalgo, Féerie, ma perte, éditions de Corlevour, juin 2025, 64 p. – 15,00€.

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