Oreille d’homme
…ou comment on a failli tuer Stina
L’écrivain flamand Bart Moeyaert a publié son premier livre en 1983 à l’âge de dix-neuf ans et son oeuvre se compose aujourd’hui d’une trentaine de romans, de scripts pour la télévision et de pièces de théâtre. Depuis l’année dernière, les éditions du Rouergue ont entrepris la traduction de deux de ses romans pour adolescents, Nid de guêpes et C’est l’amour que nous ne comprenons pas. Oreille d’homme nous permet de poursuivre la découverte de ce romancier très peu connu en France.A l’occasion d’une fête de famille, la narratrice, une fillette âgée d’environ huit ans se lie d’amitié avec son cousin Nisse. Ils assistent à une dispute entre le père de la fillette et son plus jeune frère Jan ; celui-ci quitte le repas emmenant avec lui sa femme et leur fille Stina. Les cousins commentent l’événement à leur manière et parlent de Stina la pâlotte, leur silencieuse cousine « à l’air niais ». Le lecteur se demande d’ailleurs si l’enfant n’est pas un peu arriérée.
Pendant longtemps, personne n’a de nouvelles de la famille de Jan, jusqu’à l’enterrement d’un membre de la famille. Après la cérémonie, Nisse et la narratrice jouent au couple : ils se marient tous les jours et ont décidé de ne jamais se disputer. Stina les rejoint et les deux cousins lui demandent d’être « leur fille » mais Nisse devient agressif et le jeu tourne mal.
Pas d’intrigue à proprement parler mais quelques épisodes presque banals du quotidien : la dispute qui est vue du côté des enfants, le regard posé sur cette cousine si différente et forcément idiote, le jeu cruel dont Stina est la victime et qui bouleversera la complicité entre Nisse et la narratrice. D’une écriture très imagée, Bart Moeyaert nous invite à visiter les territoires sombres de l’enfance. L’auteur dit beaucoup en très peu de mots et fait appel aux souvenirs de ses lecteurs. Les histoires intimistes pour adolescents proposent souvent des personnages du même âge afin qu’une identification soit possible ; ce roman nous rappelle qu’un jeune de quinze ans a déjà un vécu.
On avait tout le temps envie de parler, de faire des câlins comme on avait vu nos parents le faire. On avait aussi envie de se disputer, histoire de pouvoir se réconcilier comme nos parents le faisaient. Une fois, on s’est promis de ne jamais se disputer pour de vrai. De ne jamais claquer la porte pour de vrai. De ne jamais nous crier dessus ni de ne jamais nous insulter pour de vrai. On a craché sur nos doigts. Promis juré.
patricia chatel
Bart Moeyaert, Oreille d’homme, traduit du néerlandais par Daniel Cunin, Editions du Rouergue, coll. doAdo, mai 2006 – 80 p., 6 €. A partir de douze ans.