Nicola Cappellari, Marea
Esthétique de la subversion
Pour Nicola Cappelari existent des lieux propices à l’épanouissement de l’imagination, « où le cœur précède la raison et où l’œil voit sans avoir besoin de regarder », précise celui qui cherche toujours des paysages où l’esprit est libre et peut se laisser dériver vers des horizons incertains. Pour lui, certains paysages aquatiques de la Vénétie, près de Venise, sont de tels lieux, où le temps est dicté par la marée et par un mouvement constant, gravitationnel, lent et mystérieux, oscillant entre flux et reflux. Ici, tout refaçonne le paysage et sa perception.
Marea est un projet qui ne montre pas seulement des paysages des lieux représentés, c’est « une géographie de mes sentiments distraits. De ceux ceux qui vont et viennent à leur guise », dit le créateur. Parfois non sans risque dans ses pérégrinations. Sur un canot pneumatique, il été surpris par la marée basse. Il fallut cela pour qu’un bateau et ses marins le recueillent, souriants « et avec un verre de vin à la main » ajoute-t-il..
Dans ce livre, Cappelari a donc pensé à l’importance de se laisser surprendre par la marée de temps en temps là où jaillit une esthétique de la subversion. L’ouvrage, au format leporello, suit le flot à travers une pagination qui s’étend et se contracte. C’est presque une invitation à l’accepter avec aisance naturelle, ainsi que ses raisons invisibles de se placer en harmonie avec l’univers infini.
Les photographies reproduites dans ce volume sont des scans des tirages originaux en gélatine argentique de Nicola Cappellari et sont accompagnées d’une géographie de mots, une carte sentimentale imprimée en typographie avec des caractères d’époque issus des archives de la Tipoteca Italiana.
jean-paul gavard-perret
Nicola Cappellari, Marea, Penisola Edizioni/Antiga Edizioni, 2025.