Nadine Buraud, Le ciel coulisse

Nadine Buraud, Le ciel coulisse

L’élue

Que faire, comment agir avec le temps, avec le ciel ? Cela demande à Nadine Buraud de tellement s’affirmer sans pour autant brasser trop de matière poétique. Il s’agit d’épouser sur le papier les paroles minimales en se demandant de quoi le ciel sera fait et quelle est la part donnée à l’auteure. Mais aussi, que va-t-il en sortir. Car parfois « l’horizon tourne » et une « humeur de chien » peut en être la conséquence.

C’est pourquoi écrire demande de rester précis. Et Nadine Buraud veut rester à sa place et oublier tout sentiment d’imposteur sur le plancher des vaches. Mais face au ciel reste  «juste « une fleur pendue/ sur une branche nue ». Elle sait cependant que ciel lui-même tourne les pages du temps et qu’il agit, entreprend. Comme la poète, il obtient un résultat. Mais la première écrit pour construire son temps, tenter autrement la vie pour mieux y être.

Le langage sort du ciel, il est un filtre, une passoire. La poète peut à son gré le repousser puisqu’il coulisse. Son écriture devient une lutte presque trop grande pour elle car le ciel est immense. Mais elle sait dans de tels mouvements retrouver sa tendresse, sa psyché et travailler avec et non pas contre elle grâce au ciel où elle veut se fondre dans ses mouvements et tenter de tenir la tête au-dessus de ses anges, partir comme eux ou avec ce qui la pousse à s’appliquer, non pour représenter mais aller vers un objectif.

Elle sait que le ciel avance et possède aussi un désir de voir qui lui appartient, un désir d’être là, dans l’image du ciel. C’est toujours plus facile de le peindre que de l’évoquer. Elle ne sait pas seulement quoi voir  mais crée l’espace-temps avec l’impression, non d’en être sortie, mais de parler de la vie. C’est aussi dire ce que l’on ressent, dire que le ciel est trop grand si bien  qu’il faut le couper un peu. Et ce, pour transmettre non pas un savoir mais de l’amour et un voyage entre marais ou ailleurs, dans la nécessité d’être parmi et avec les autres.

Désormais, grâce à ce livre, nous pouvons compter sous le regard et devant le ciel qui coulisse. C’est comme si, par de tels moments et instance,  nous ignorions quand ça a commencé voire que c’était inscrit avant, dans ce qu’il avait déjà à écrire. Mais Nadine Burnaud le  sait. En  écrivant, elle ne peut monter jusque là même si le chemin hasardeux. Au fond, le ciel peut attendre pour la prendre comme une proie car c’est pour vraiment l’aimer.

jean-paul gavards-perret

Nadine Buraud, Le ciel coulisse, cahiers du Loup Bleu, Les Lieux-dits, Strasbourg, 2024, 62 p. – 7,00 €.

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