Myra Neri : interview (provisoire) impossible – entretien avec la créatrice
Pour Myra Neri, la volupté est mise en éclat et ponctuée par les mots de Boris Vian : « L’érotisme a besoin d’une obscénité légèrement sublimée […] une obscénité poétique ». Et l’artiste de précisercque, pour elle, en effet, Eros est la nature, aux origines, qui décide avec la puissance de la nécessité. Donc, il bouleverse, emporte, abasourdi et sonne. C’est est la force primordiale : « Et quand il décide de nous ouvrir le thorax, la vie ancienne s’éteint au point que, seuls dans le rêve ou en nous abandonnant à l’illusion, nous parvenons à imaginer qu’un jour il sera possible de revenir en arrière. Et pourtant non. Cela ne se passe pas ainsi. Il n’y a rien à faire. Quand on est séduit, rien ne sera jamais plus comme avant. » dit Myra Neri.
Elle rappelle qu’il Il faut se méfier de deux catégories de personnes : celles qui n’ont pas de personnalité et celles qui en ont plusieurs. En conséquence, elle cite Georges Bataille : « L’érotisme dans son ensemble est une infraction à la règle des interdits : c’est une activité humaine. Mais bien qu’il commence là où la bête finit, la bestialité en représente néanmoins la substance. » Dès lors, peu importe pour elle que, sous l’effet de la volupté, les pécheurs brûlent en enfer. D’autant que pour les autres rien n’est moins sûr…
En tout état de cause, pour une telle créatrice la séduction est toujours plus singulière et sublime que le sexe. Son travail le prouve. Il est fascinant. Mais le curieux interviewer fidèle à cet exercice coutumier pour Lelitteraire.com, reçoit ici et à sa curiosité une fin provisoire de non recevoir. Preuve que cette ébauche d’interview reste un mystère. Tout lecteur ou lectrice peut s’y référer et les mots de la créatrice des rêves érotiques deviennent eux aussi des objets de séduction.
Non entretien :
Une réponse qui ne répond pas, cher JPGP. Vos questions sont un labyrinthe où l’on se perd avant même d’avoir choisi une porte. Je pourrais y répondre, bien sûr… mais alors il faudrait accepter que chaque réponse en contienne une autre, plus dangereuse, plus intime, et plus inutile aussi. L’érotisme, voyez-vous, c’est parfois refuser de se déshabiller quand on vous l’ordonne. C’est laisser au curieux la frustration délicieuse de deviner, et au patient la récompense d’attendre. Alors je vous offre cette seule certitude : tout ce que vous cherchez dans mes réponses existe déjà dans vos questions. Et si vous insistez… je trouverai peut-être une question à vous poser. Et vous : Qu’est-ce que vous ne voulez surtout pas que je sache de vous ?
Et la créatrice d’ajouter :
Cher JPGP, Merci pour vos mots si attentifs et délicats. Ils résonnent comme un écho à ce que je voulais laisser entrevoir… un souffle plus qu’une révélation. Votre curiosité est une invitation que je savoure, mais je garde toujours quelques portes fermées, ne serait-ce que pour le plaisir du mystère. Je prends note de votre patience : peut-être que bientôt, je m’aventurerai plus avant dans le labyrinthe que vous dessinez si habilement avec vos questions. En attendant, je vous laisse imaginer ce que mes réponses pourraient contenir… et ce que je choisis de taire.
Plus tard :
… Le silence, lorsqu’il est choisi, n’est pas absence mais prolongement. Il prolonge le geste, épaissit l’ombre, donne à chaque mot rare la densité d’un parfum persistant. Ce que je tais n’est pas vide : c’est l’espace où vos propres images viennent s’installer.
entretien (en gestation via les réponses provisoires) réalisé par jean-paul gavard-perret, pour lelitteraire.com, le 15 août 2025.